4 août 2009

L'exécution du comte de Chalais


L’exécution d’Henri de Talleyrand-Périgord, comte de Chalais, accusé d’avoir conspiré contre Louis XIII, a été racontée par le Mercure Français en 1626 (1). A peine âgé de 26 ans, le jeune homme avait été jugé à Nantes et condamné à être décapité. Pensant retarder son supplice et lui permettre d’obtenir une grâce, ses amis étaient parvenus, par on ne sait quel stratagème, à provoquer la défection du bourreau de la ville. Sans s’arrêter à l’absence de son exécuteur habituel, la justice fit appel à un condamné à mort qui accepta de décapiter Chalais contre promesse d’avoir la vie sauve. C’était un ancien cordonnier du nom de Charles Davy. On l’équipa d’une épée de parade, non aiguisée, et d’une hache de tonnelier. L’exécution eut lieu le 19 août 1626. Ce fut une véritable boucherie. Comme le relate le Mercure, le bourreau amateur dut donner plus d’une trentaine de coups avant de parvenir à abattre la tête du supplicié :

" Ses amys ayant sçeu son Arrest de mort le iour d'auparavant l'execution, donnèrent une telle peur aux Executeurs de Iustice (tant à celuy de la Cour, qu'à celuy de Nantes,) qu'il ne se trouva point d'Executeur pour luy couper la teste : Ils esperoient que l'on pourroit en retardant le te[m]ps de l'execution pouvoir obtenir son pardon; mais cela ne luy fit que faire souffrir plus de peine à la mort : car on delibera de sortir un criminel des prisons de Nantes, auquel on donneroit la vie pour couper la teste à Chalais, ce qui se fit : Un compagnon Cordonnier (qui estoit de Touraine) & lequel devoit estre pendu trois iours apres, s'offre de faire le mestier de Bourreau, qu'il n'avoit iamais fait : aussi au lieu de couper la teste à Chalais, il luy hacha le col, ainsi que ie vous diray cy-apres.
Le Palais de Nantes & la prison regardent sur la place du Bouffroy de Nantes, lieu où se devoit faire l'execution: les deux Compagnies du Regiment des Gardes qui estoient en garde devant le Château où estoit logé le Roy, estans relevées par deux autres Compagnies qui entrerent en garde, au lieu de retourner en leur quartier, allerent se poser & s'emparer de la place du Bouffroy & de ses advenuës; on tira encores deux escouades des deux Compagnies qui estoient entrées en garde, qui les allerent joindre & renforcer.
L'execution ne se fit que sur les six heures du soir : De la porte de la prison à l'eschaffault estoient deux rangs de soldats, entre lesquels on vit Chalais assisté du Père Minime des Rosiers aller à la mort à pied, constamment, & sans faire paroistre aucune esmotion : Il avoit les mains liées, & tenoit la croix de son chapelet, qu'il baisoit par fois.
Quand il fut monté sur l'eschaffault, il regarda le peuple sans dire aucun mot : s'estant luy mesme osté le pourpoinct, le nouveau Bourreau luy couppa ses cheveux & sa moustache, laquelle voyant couppée il sembla en estre esmeu, pource qu'il l'aymoit, aussi estoit-elle fort belle; puis il tira de sa pochette ses petites heures qu'il portoit tousiours sur luy, & les donna audit Père des Rosiers. S'estant mis de genoux pour prier Dieu, le Bourreau luy presenta le bandeau, auquel il dit, Ne me fais point languir : Bandé, attendant le seul coup de la mort (à l'ordinaire) il en reçeut trente quatre auparavant que sa teste fust separée de son corps. Le Bourreau nouveau qui avoit pris une espée de Suisse sans la faire affiler, du premier coup qu'il donna fit tumber Chalais sur l'eschaffault ; tumbé, il luy donna encores quatre petits coups sur le col; au troisiesme desquels on entendit Chalais s'escrier & dire, Iesus Maria ; ce fut sa derniere parole. Alors le Père des Rosiers s'exclama, & dit au Bourreau : Mettez-luy la teste sur le billot de bois : ce qu'il fit; puis avec une doloire de Tonnelier il luy donna vingt-neuf coups auparavant qu'il peust luy couper le col.
Apres l'execution suivant ladite Lettre du Roy sur la moderation de l'Arrest, son corps & sa teste furent mis dans une biere ou cercueil, qui fut jetté dans un carrosse qui estoit exprés au pied de l'eschaffault, (on dit que c'estoit le carrosse de sa mere) pour estre porté aux Cordeliers, où il fut enterré."

(1) Le Mercure françois, Tome XII, 1626, pp. 409-411.

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