24 janvier 2010

Accident du travail


Au cours de l’histoire, combien d’exécuteurs ont été blessés, voire tués, dans l’exercice de leur profession ? Il est impossible d’en faire le recensement. Le cas d’Antoine Reine, évoqué ci-dessous, constitue un exemple intéressant de la relative dangerosité du métier de bourreau.

Né le 4 février 1799 à Dugny-sur-Meuse, en Lorraine, et bien que fils d’un bourrelier, Antoine Reine appartient à une importante dynastie de maîtres des hautes et basses œuvres de l’Est de la France. Au printemps 1816, à peine âgé de dix-sept ans, il obtient son premier poste comme adjoint de Jean-François Guerchoux, exécuteur en chef de Toulouse. Hébergé au domicile de son patron, 6 place Saint-Julien, il apprend le métier aux côtés de Laurent, Henri-Mathieu et Jean-Pierre Guerchoux, les fils du bourreau.

Moins d’un an à peine après son arrivée en Haute-Garonne, on lui confie déjà la responsabilité de mettre à exécution certaines sentences. Notamment l’exposition des condamnés. Le 19 décembre 1816 la justice a condamné le nommé Pierre Conspeyre à cinq ans de travaux forcés et à être, préalablement, attaché au carcan pendant une heure sur la place publique de Labarthe-Rivière près de Saint-Gaudens. L’ordre d’appliquer le jugement est transmis au bourreau le 8 janvier 1817. Comme la commune où doit avoir lieu l’accomplissement de la peine est située à près de cent kilomètres de Toulouse, Jean-François Guerchoux, souffrant d’une hernie, délègue ses deux adjoints – dont Antoine Reine – pour appliquer le jugement (1). Le 15 janvier, Reine est à Labarthe-Rivière et procède, sans incident, à l’exposition du condamné.
Le lendemain, il reprend la route pour rentrer à Toulouse. Le mauvais temps rend la marche difficile. Le jeune exécuteur-adjoint, dans la crainte d’une mauvaise rencontre, est armé d’un fusil chargé. Alors qu’il arrive à Martres-Tolosane, sur la rive gauche de la Garonne, soudain il tombe, provoquant l’explosion de son arme. Gravement blessé à la main droite, il regagne Toulouse. Le coup « a emporté les doigts et fracassé les os du carpe et du métacarpe ainsi que les parties molles » (2) La blessure est telle qu’il faut procéder à l’amputation du membre au niveau du poignet. Le 17, il est opéré par le professeur Naudin, de l’école de médecine de Toulouse.

Désormais infirme, Antoine Reine est contraint de renoncer à ses fonctions d’exécuteur-adjoint. En juin 1817, sans ressources, sans emploi, il écrit au ministère de la justice pour réclamer un secours alimentaire. (3)
L’achèvement prématuré de sa carrière d’exécuteur l’oblige à quitter Toulouse pour regagner sa Lorraine natale. Il s’installe d’abord chez ses parents, à Saint-Mihiel, dans la Meuse, et travaille avec son père comme bourrelier. Le 9 mars 1819, il épouse à Verdun Marie-Joseph Viard, issue d’une famille d’équarisseurs- maîtres des basses œuvres apparentée aux bourreaux de cette ville. Le couple s’établit à Varennes-en-Argonne où, en l’espace de vingt ans, naîtront leurs douze enfants. Antoine Reine n’a, pour faire vivre sa famille, qu’un secours annuel comme exécuteur sans emploi et les modestes revenus que lui procurent ses activités d’équarisseur. Il meurt à Varennes le 13 juillet 1844. Comme veuve d’un ancien exécuteur des sentences criminelles, Marie-Joseph Viard continuera à bénéficier d’un secours alimentaire de 300 puis 450 francs (4), jusqu’à son décès survenu le 11 mars 1885.

(1) L’autre adjoint pourrait être Pierre Rigal, décédé en 1817, ou l’un des trois fils de Jean-François Guerchoux.
(2) Archives Nationales, BB 3 216.
(3) Ibidem
(4) Archives départementales de la Meuse, 1 U 9.

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