28 mai 2010

Quelques exécutions à Guéret au XVIIIe siècle

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Dans un petit journal de quelques dizaines de feuillets (1), Jean-Baptiste Niveau, directeur des postes et notaire royal à Guéret, de 1776 à 1808, relate un certain nombre d’évènements et de faits divers qui se déroulèrent dans sa ville à la fin du XVIIIème siècle. Parmi ceux-ci, les exécutions capitales tiennent une place importante.

“Jean-Baptiste Dancaud, natif de Limoges, fut pendû à Guéret le 7 juin 1760.

Marie Dulloup, native de Sainte-Feyre, a été pendue et brûlée, le 19 janvier 1764, pour avoir mis le feu.

Les nommés Antoine Boisset et Jean Ambroise ont été roués et ensuitte étranglés, après neuf coups, le 23 mai 1778, jour de samedy, à cinq heures après midy, pour avoir volé avec effraction et voulu assassiner, au moulin de la Roche, paroisse d'Anzeme, avec attroupement et port d'armes, le 22 juillet 1776.

Gabriel Prud'homme, dit Massacre, originaire de Saint-Aignant-de-Versillat, près la Souterraine, a été pendu, à Guéret le 5 janvier, veille des rois, 1778, jour de lundi, à 7 heures 1/2 du soir ; a resté accroché pendant 18 mois et 26 jours, et n'est tombé de la potence que le 26 juillet 1779, jour de mardy.

Thérèse Paquet, native de Saint-Martin-Château, pour avoir caché sa grossesse et étranglé son enfant avec une lizière, a été pendue et étranglée le 12 avril 1783, à 4 heures après midi, samedy, veille des Rameaux, par le Me des oeuvres de Moulins, par la maladie de celui de cette ville.

Joseph Crétignon Mathelot, âgé d'environ 26 ans et natif d'une paroisse entre Grenoble et Vienne en Dauphinet, suivant sa déclaration, a été pendu en cette ville, le 3 janvier 1789, et jugé par jugement prévotal comme ayant été marqué de la lettre V et pour avoir attaqué et volé dans les bois de cette ville, dans le courant d'octobre 1788, un enfant Auvergnat portant 7 louis et quelques monnoies, et l'ayant pris au col pour l'étrangler, maltraité au point qu'il a séjourné plus de trois semaines à l'hôtel Dieu, lequel, avant d'être étranglé, demanda au public un pater et un ave et finit en disant deffiez vous de la justice de cette ville, elle me fait mourir innoçamment.

Pierre Depin, surnommé Pomeret, originaire du village de Neuville, paroisse d'Agen, errant depuis sa plus tendre enfance, voleur et assassin, a été pendu le 5 janvier 1789, à 6 heures 1/2 du soir, n'ayant voulu aucunement se confesser, et a fatigué la justice, les confesseurs, la compagnie des pénitents blancs, la maréchaussée et la compagnie en détachement en cette ville du régiment royal Guïene, cavalerie, rangée en bataille sur la place Marche-Dieu (2) et en détachement, au moins depuis 3 heures après midy jusqu'à près de 7 heures du soir, sans vouloir sortir de la cour de la prison, au point qu'il a fallu le garotter sur une chaise et que le bourreau l'a trainé depuis la dite cour jusqu'au pied de la potence, sans qu'il ait pu lui faire monter sur l'échelle, dans le milieu de laquelle il l'a étranglé après avoir bien travaillé, gelant à pierre fendre.

Révolution républicaine. - Dargier fils (3), de la ville de Saint-Vaury, a été guillotiné le 27 octobre 1793, à 5 heures après midi, sur la place Marche-Dieu de cette ville, pour avoir émigré, c'est-à-dire porté les armes contre la République.

Hugues Dezero, originaire du lieu de Sciaux, entre Bellac et Saint-Junien, département de la Vienne, a été guillotiné sur la place Marche-Dieu de cette ville, le 19 messidor an VI, entre une et deux heures après midy, correspondant au 7 juillet 1798, pour avoir tiré un coup de feu dans le bois à un meunier et pour avoir été trouvé muni d'un fusil, d'une pioche et d'une pelle, instruments approbatifs qui ont constaté qu'il avait dessein de le tuer, n'ayant pas réussy. Le dit Dezero a été revêtu d'une chemise rouge jusqu'après que sa tête a eu sauté.

Le 19 ventose an VII, correspondant au 9 mars 1799, Marie Guiot, femme Evraud, de Bénévent, a été guillotinée le dit jour, entre 11 heures et midy, jour de samedy, foule considérable de peuple, pour avoir étouffé son enfant; laquelle, après avoir monté sur l'échafaud, couverte d'une chemise rouge qu'elle a porté depuis la maison d'arrest jusque sur led. échafaud, où étant elle aurait fait une exhortation au public, relativement au crime par elle commis et aurait toujours parlé jusqu'au moment même que sa tête a été séparée de son corps.”

Durant cette période plusieurs exécuteurs se sont succédé à Guéret. D’abord Jean-Baptiste Varennes, issu des bourreaux de Tulle, qui décéda au village du Mondoueix dans la nuit du 21 décembre 1778. Ensuite Pierre François, fils du bourreau de Damvillers, en Lorraine. Il fut révoqué pour « démence » en 1786 et remplacé par son frère aîné, Pierre-Etienne François. Ce dernier céda sa place, en 1798, à François-Joseph Ferey qui avait occupé les mêmes fonctions successivement à Pont-Audemer, Rennes et Nantes. Pierre-Etienne François mourut assassiné, dit-on, par son frère destitué en 1786.

(1) Fernand Autorde, Extraits du journal manuscrit de Jean-Baptiste Niveau, notaire royal et Directeur des postes (1758-1808), Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, tome VII, 1891-1892, pp. 406-413.
(2) Aujourd’hui place Bonnyaud.
(3) Valéry d’Argier.

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