19 mai 2009

Les obligations du bourreau de Perpignan en 1790




Fin 1790, la cité de Perpignan est à la recherche d’un nouveau bourreau. Le commissaire du roi de cette ville, Joseph Boxader, adresse un courrier au fils de l’exécuteur de Toulouse qui postule à cette charge pour lui en lui détailler les revenus et les contraintes :

" Perpignan, le 14 décembre 1790.

Je suis surpris que vous n'ayez pas reçu la lettre que je vous écrivis le 25 novembre dernier pour Varènes (1), fils de l'exécuteur de Toulouse, et ce qui me le prouve, c'est la lettre qu'il m'a écrite en dernier lieu. Voici ce que je lui marquais et à quoi je persiste. Il doit me porter une attestation de la Municipalité ou de M. le Commissaire du Roi de Toulouse, comme il a fait des exécutions de toute espèce, et qu'il est par conséquent en état de remplir son métier. N'y ayant plus aujourd'hui de juridiction des seigneurs, toutes les exécutions seront faites pour le compte du roi, auquel effet il sera passé à Varènes :
Pour rompre vif et étrangler s'il est besoin : 60 l.
Pour brûler et jeter les cendres au vent : 60 l.
Pour pendre et étrangler : 30 l.
Pour mutiler : 15 l.
Pour le fouet : 15 l.
Pour la flétrissure : 15 l.
Pour le carcan : 15 l.
Et généralement pour tous autres actes d'exécution des condamnations qui seront prononcées et auxquelles l'exécuteur de la haute justice devra mettre la main, et qui ne sont pas ci-dessus exprimées, ou qui seront de moindre conséquence 7 l., 10 s.
Il ne lui sera payé que la moitié de la taxe ci-dessus fixée, lorsque l'exécution devra être faite par effigie. Il ne pourra exiger que les sommes ci dessus et de la manière dont il vient d'être dit lorsqu'il devra faire quelque exécution dans l'un ou l'autre des deux autres tribunaux de district de ce département, qui sont Céret et Prades, le premier distant de Perpignan de 5 lieues, le second de 7. L'ustensile qui lui sera donné lorsqu'on lui remettra la clef de son logement ne lui sera fourni qu'une fois seulement, et il sera tenu de l'entretenir à ses frais.
Il lui sera payé tous les ans par le département la somme de 400 livres de subsistance payable d'avance par quartiers; et moyennant la fourniture dudit ustensile, dudit logement et paiement des dites 400 livres, il ne prendra ni recevra aucuns droits de havage, halles, ni autres généralement quelconques. Il ne lui sera permis de quitter, ni de sortir de cette ville sans un congé par écrit, aux peines de l'ordonnance. Il ne pourra non plus s'absenter ni découcher de cette ville sans permission, à peine de dix livres d'amende applicable aux pauvres, laquelle sera encourue par le seul fait. Il sera tenu dans trois mois du jour de son engagement, d'avoir un valet pour l'assister aux exécutions; et, si après les trois mois expirés il est encore sans valet, il lui sera retenu cent livres de sa subsistance au profit des pauvres. Enfin il s'abstiendra, ainsi que son valet, de tous les lieux dont l'entrée est ordinairement refusée aux exécuteurs. De plus, il sera tenu, toutes les fois qu'il sortira de sa maison d'habitation, de porter une marque distinctive sur le bras gauche, laquelle marque sera fixée à une échelle de couleur rouge, composée de cinq marches, dont les côtés et les marches de ladite échelle seront de la largeur de quatre lignes, laquelle échelle tirera en longueur trois quarts de palme, et sera placée sur le dessus dudit bras gauche, en commençant à l'épaule; à la charge encore par lui s'il portait un habit ou veste rouge de porter ladite marque distinctive d'une couleur tranchante à l'habit ou veste qu'il portera; le tout à peine de prison pour chaque fois qu'il sera trouvé ou convaincu d'être sans ladite marque; lui permettant seulement de ne pas la porter au moment où il approchera de la sainte table, étant obligé de la reprendre dès qu'il sera sorti de l'église, et devant la porter toujours, même les jours de fête, quoiqu'il veuille assister aux offices divins.
Si ce traitement et ces conventions conviennent à Varènes, il peut me le faire marquer, et partir ensuite quand il voudra, me prévenant du jour de son départ et de son arrivée, pour que la maison soit prête. Si au contraire il ne pouvait ou ne voulait venir, qu'il me le fasse écrire incessamment par ce que je donnerais la place à un autre qui me l'a demandée depuis huit jours. Si enfin je ne reçois point réponse de Varènes d'aujourd'hui à 15 jours précis, je ferai venir l'autre exécuteur qui s'est offert, et le placerai entièrement.

Boxader
Commissaire du Roi "

Edmond Lamouzèle, Le bourreau de Perpignan en 1790, Bulletin de la Société Archéologique du Midi de La France, 2ème série (N° 29 à 31, 1901-1903) pp.120-125

(1) Jean-Antoine Varennes, fils d’Antoine, bourreau de Toulouse


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