27 mai 2009

Quand le bourreau se faisait traiter de charlot


Au XVIIIe siècle, à Paris, le public avait l’habitude d’appeler le bourreau Charlot. Tout simplement parce que l’office était tenu, de père en fils, par un membre de la famille Sanson prénommé Charles. L’usage de cette appellation – qu’on imagine péjorative – a duré jusqu’au XIXe siècle. Une altercation survenue lors d’une exécution, dont on a conservé la trace dans les archives (1), nous rappelle cet usage. Mais l’intérêt de ce document est aussi de nous renseigner sur l’ambiance qui régnait au pied des potences.

Le 7 mars 1772, Landron des Ormeaux (2), inspecteur de police au Châtelet de Paris, était chargé de la surveillance d’une exécution qui se déroulait sur la place de grève « afin qu’il n’y arriva pas d’accident eu égard à la quantité de personnes qui s’y étaient assemblée ». Les condamnés se nommaient Etienne Bonin, domestique, et Jean-Jacques Nicolas Riva dit Picard « travaillant pour la robbe courte ». Arrivés sur place vers cinq heures moins le quart, ils avaient d’abord été conduits à l’hôtel de ville (pour d’ultimes révélations ?) et pendus au début de la nuit. Le premier vers deux heures du matin et, le second, une heure après.
A l’issue de cette exécution, le garçon du sieur Loquin – le charpentier chargé de monter les échafauds – était venu déposer plainte contre deux cochers. Disant que ceux-ci « l’avaient accablé d’injures et invectives et avaient tenu des propos contre lui capables d’ameuter la populace en lui [faisant] sentir que c’étoit une bassesse de sa part que de planter des potences ». Il avait eu le temps de relever leurs numéros : le premier conduisait le carrosse n°38 portant la lettre R et le second le carrosse n°2 avec la lettre P.
A l’issue d’une enquête assez rapide, un premier cocher fut arrêté le 16 mars suivant. Il se nommait Pierre Richebourg, était né à Tonnerre en Bourgogne, âgé de 33 ans, il travaillait chez son frère, Jean, loueur de carrosses 2 rue des filles du calvaire. Interrogé sur ses propos, il nia les insultes, reconnaissant seulement avoir rencontré le garçon dans la rue, le jour de l’exécution, et l’avoir appelé charlot « ainsy qu’il l’appelait ordinairement, quand il le voyait en l’ordinaire, comme le connaissant ». Deux jours après, le second cocher était arrêté à son tour. Il se nommait Antoine Dumazet, était né à Longchamps en Lorraine, âgé de 27 ans. Il était employé comme cocher de place chez le sieur Brulé, loueur de carrosses 38 rue de Boucherat. Lui aussi contesta avoir insulté le garçon « lui [ayant] seulement parlé lorsqu’il plantait les poteaux. » Les deux cochers furent emprisonnés dans les prisons du petit Châtelet. On ignore ce qu’ils devinrent ensuite.

(1) Archives Nationales, Y 14467
(2) L’Almanach Royal précise que Landron des Ormeaux était lieutenant, depuis 1765, de la compagnie du lieutenant criminel de Robe-courte au Châtelet de Paris. Il était domicilié rue des juifs, au Marais.

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