2 juin 2009

Assise sur une chaise, la veuve Henry attend qu’on la guillotine


Pour Auguste-Gabriel Desmorest (1), exécuteur du Loiret, le mois de septembre 1842 est particulièrement chargé. Il doit procéder à deux exécutions, dans deux villes différentes, à des dates très rapprochées. Il dresse donc les bois de justice à Orléans, le 20 septembre, pour mettre à mort le parricide Jean-Pascal Faiziant (2). On l’a prévenu que l’opération pourrait s’avérer difficile : le condamné est affligé d’une énorme bosse dans le haut du dos. Néanmoins Desmorest parvient, avec beaucoup de précautions, à placer sa tête dans la lunette et à le décapiter sans difficulté. Au même moment, un dramatique incident s’est produit dans l’assistance. Deux cents spectateurs qui s’étaient hissés sur un échafaudage – qui a cédé sous leur poids – ont été précipités en bas dans un grand fracas de planches. On déplore plusieurs blessés graves (3).
Sans tarder, le bourreau du Loiret doit démonter sa machine car on l’attend à Gien, quatre jours plus tard, pour une autre exécution. Il s’agit cette fois d’une femme, la veuve Henry (4), qui a fait disparaître son mari en l’empoisonnant. Extraite de la prison d’Orléans, le vendredi 23 septembre à onze heures, la condamnée est conduite sur les lieux de son supplice dans une voiture particulière attelée de deux chevaux. Elle arrive à Gien le 24 au matin. En dépit de la pluie, qui n’a cessé de tomber depuis vingt-quatre heures, les exécuteurs ont dressé l’échafaud sur la place principale. Une foule très importante se presse autour de la guillotine. La veuve Henry est couchée sur la bascule puis aussitôt poussée sous la lunette. Le couteau est lâché. Mais au deux tiers de sa course il s’arrête brusquement, bloqué au dessus de la tête de la patiente. Que s’est-t-il passé ? Les uns disent que la machine a perdu son aplomb par suite de l’affaissement du terrain détrempé. D’autres affirment que le bois des montants a gonflé à cause de l’humidité, empêchant le mouton de glisser dans les rainures. Il faut remettre les bois de justice en état. Marie Henry est relevée et déliée de la bascule. On apporte une chaise sur laquelle on la fait assoir, le dos tourné à la guillotine. Les minutes sont longues pour cette malheureuse, qui attend résignée la réparation de son instrument de supplice. L’opération traîne en longueur : entre dix minutes et un quart d’heure. Enfin, la machine est prête à fonctionner. On apporte une botte de paille pour l’essayer. Cette fois, le couteau glisse jusqu’à son terme.
Voilà qui est bien ; cela ira maintenant, dit l’un des exécuteurs.
Ah ! Vous me faîtes mourir dix fois ! lui répond, d’une voix presque éteinte, la condamnée.
Sans plus tarder, on la replace sur la guillotine et on l’exécute promptement (5).

Jourdan

(1) Auguste-Gabriel Desmorest (1790-1876), fils de Pierre-François-Etienne, bourreau de Tours, fut exécuteur du Loiret pendant près de cinquante ans, de 1820 à 1870.
(2) Jean-Pascal Faiziant, 38 ans, né à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), marié, trois enfants. Condamné le 26 juillet 1842 par la cour d’assises du Loiret pour avoir empoisonné son père en ajoutant à sa boisson un mélange d’arsenic et d’acide sulfurique.
(3) Archives Nationales, BB/24/2013
(4) Marie Berton, 46 ans, née à Argent (Cher), domiciliée au hameau de la Ruellée, à Poilly (Loiret). Condamnée par la cour d’assises du Loiret pour avoir empoisonné, le 11 mars 1842, son vieux mari, Louis Henry, en lui faisant absorber de l’arsenic.
(5) Archives Nationales, BB/24/2013. L’Audience du lundi 2 octobre 1842.


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