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26 juin 2009

Quand le bourreau "arquebusait" les malades


De toutes les techniques employées par le bourreau pour exécuter ses patients, l'utilisation de l'arquebuse parait assez inattendue. Au XVIe siècle, mettre à mort un condamné avec une arme à feu aurait constitué un réel progrès. Il semble que ce moyen "moderne" n'ait pas suscité l'enthousiasme des magistrats d'alors, lesquels préféraient les peines spectaculaires à l'emploi de méthodes aussi triviales.
Nous connaissons quelques exemples de bourreaux transformés en chasseurs occasionnels. Ainsi, dans les années 1580-1590, Pierre Fleuriet, bourreau de Dijon, reçut une arquebuse avec mission d'abattre les malades de la peste qui s'approcheraient trop près des murs de la ville. Évidemment, le choix d'une arme permettant de tuer à distance était surtout dicté par le souci de ne pas entrer en contact direct avec les personnes contagieuses.
Un arrêt du Parlement, du 1er septembre 1576, destiné à arrêter la contagion qui menaçait la cité, avait ordonné aux habitants d'obéir à toutes les prescriptions des magistrats sous peine d'êtres "pendus et estranglés". Pour cette raison, le 16 mars 1585, les édiles condamnèrent à la potence un certain Richard Verle, sanctionné pour ses manquements aux mesures de police concernant les pestiférés. Comme l'exécuteur courait le risque d'être lui-même contaminé en exécutant cette sentence, il fut autorisé à utiliser une arquebuse et à faire feu sur l'accusé dès qu'il le verrait discuter avec des personnes en bonne santé. (1)

Avec le danger de plus en plus grand de voir le fléau décimer la capitale de la Bourgogne, les magistrats n'hésitèrent pas à renouveler les menaces de mort contre les malades qui oseraient s'en approcher. Le 18 avril 1586, les paysans qui voulaient entrer en ville durent déclarer d'où ils venaient, sous peine d'être immédiatement arquebusés. " II fut deffendu à tous malades ou ayant la peste collante se mettre sur les grands chemins parmi les saings ou se mesler es assemblées es rues et s'aprocher les portes et advenues de ladite ville, à peine de mort." Le 21 juillet suivant, "sur l'observation que les sergents commis pour porter l'arquebuse et tenir les chemins et endroits où les pestes et aultres retirés sont, pour faire contenir iceulx et ne permettre qu'ils vaguent par les chemins, font reffus de tirer les désobeyssants suivant les arrests de la Cour, la Chambre (de ville) a commis et institué l'exécuteur de la haulte justice porter l'arquebuz et tuer lesdits désobeyssants promptement et sur-le-champ, les trouvant en désobeyssance et luy sera donné trois écus un tier de gages. "
Désormais promu "chasseur de pestiférés" l'exécuteur Pierre Fleuriet fut reçu par le chambre le 29 juillet 1586, "où estant, le sieur visconte maieur luy a faict entendre la commission à luy defferrée par icelle et ce qui en despend pour l'exercice, a promis par son serment presté aux saints évangiles de Dieu porter l'arquebuz et promptement tuer celluy ou ceulx qui se trouveront parmi les saings ayant la peste, ou qui auront esté en lieux infectés ; et incontinent qu'il sera adverty pour ce fait, se mettra en debvoir de marcher et aller trouver celluy qui le demandera avec son arquebuz toute preste. Et sera advancé ung mois audit exécuteur pour luy avoir une arquebuz. " (2) Avis en fut donné au public.
Ce n'étaient pas de vaines menaces car, un mois plus tard, le 30 août, un vigneron de la Roulotte ayant contrevenu à l'ordonnance fut attaché par le bourreau à un poteau du cimetière aux chevaux et arquebusé.
Alternant cette nouvelle mission avec les autres activités plus classiques de son office, Fleuriet continua pendant longtemps d'être l'arquebusier à gages de Dijon. Le 23 août 1596, on voit encore les magistrats municipaux prescrire des mesures similaires : « Informée que nonobstant les injonctions et deffenses aux mallades de la peste de sortir de l'isle et des maisons où ils sont logés, touttefois ils ne délaissent de tenir les chemins, vaguer ça et là, s'aprocher des saings, voir, prendre et toucher les denrées que l'on amène en ville, qui est pour inconvénienter et infecter un chacun : pour empescher la continuation de tels pernicieux et mauvais actes, la Chambre du Conseil de la ville ordonne à tous les malades se contenir esdits lieux sans en partir, ny tenir les chemins, approcher les murailles et portes de la ville de cinq cents pas, à peine d'être arquebusés par l'exécuteur de la haute justice ou son valet à cest effet commis. »
Jusqu'en 1634 et même au delà, cette ordonnance resta toujours en vigueur mais on ignore si elle continua d'être aussi rigoureusement appliquée.
Dès 1605, Pierre Fleuriet avait abandonné ses fonctions d'exécuteur de la haute justice de Dijon, après les avoir exercées pendant plus de trente ans.

(1) N. Clément-Janin, Le Morimont de Dijon. Bourreaux et supplices, Dijon, Darantière, 1889, p.67-68.
(2) Henry Daroy, Les fontaines publiques de la ville de Dijon, Paris, Victor Dalmont, 1856, pp. 60-61.


13 juin 2009

Le supplice de la chaudière


En France, pendant des siècles, la justice a réservé un châtiment terrible aux faux monnayeurs : le supplice de la chaudière. En effet, un règlement en usage dans tout le royaume stipulait que les faussaires fussent « suffoqués et bouillis en eau et huile ».
Il est difficile de dater avec précision l’apparition de cette peine si singulière, attestée cependant dès le XIIème siècle. Vers cette époque, les chroniques rapportent que Baudouin à la Hache, comte de Flandre, fit jeter deux faux monnayeurs dans la chaudière bouillante d’un teinturier. En 1299, un compte de la Sénéchaussée d’Auvergne fait mention, dans ses recettes, « des biens d’un faux monnayeur naguère bouilli dans la prévôté de Riom » (1) et, la même année, un compte du bailliage de Vermandois fait état des biens, vendus à Roye, de « Baudoin l’Orfèvre, bouilli et pendu pour faux-monnayage » (2). Ce qui indique que cette implacable punition était déjà largement appliquée en France. En 1305, toujours dans les comptes du bailliage de Vermandois, on note une dépense de 100 sous « Pour une marmite achetée afin de bouillir les faux monnayeurs à Montdidier ». Paris n’est pas en reste. Un compte de la capitale, pour l’année 1311, enregistre un versement de 27 livres 4 sous à maître Henri, le bourreau, pour avoir fait bouillir des faux monnayeurs et l’engagement de 38 sous pour « réparation à la chaudière et pour y avoir posé des barres de fer. »

Cent ans plus tard, l’exécuteur de Paris continuait toujours à être chargé de cette étrange cuisine judiciaire. Voici, d’après un compte de l’Ordinaire de Paris de l’année 1417, le genre de dépenses que ce supplice pouvait occasionner : « A Estienne le Bré, maître de la haulte justice du roi. notre sire, 12 sols pour trois maçons et leurs aides, qui firent le trépié pour asseoir la chaudière où furent bouillus trois faux monnoyeurs; item, 4 sols parisis pour quatre sacs de plâtre à faire ledit trépié 4 sols pour celuy qui blanchit ledit trépié avant que lesdits maçons y voulussent ouvrer; 20 sols pour un cent et demi de cotrets et un demi-cent de bourrées, qui furent arses (brûlés) ledit jour pour faire bouillir l'eau en la chaudière; 8 sols parisis pour une queue et deux muids où fut mise l'eau, lesquels, la nuit que la justice fut faite, furent mal pris et emblés (volés); 3 sols pour une queue d'eau de quoi furent bouillus iceux faux monnoyeurs. » (3)

Le 18 décembre 1455, à Dijon, sur la place du Morimont, on exécuta trois brigands qui avaient mis en circulation de faux florins. Le bourreau de la ville, Signart, prit une vaste chaudière de cuivre qu’il emplit d’eau, y ajouta quelques pots d’huile et, lorsque ce mélange fut arrivé à ébullition, s’empara des patients qu’il jeta, l’un après l’autre, dans le chaudron.(4)

Le lundi 10 février 1487, les choses ne se passèrent pas aussi facilement pour son confrère de Tours. Ce jour là, à son de trompe, on avait convoqué tous les habitants de la ville pour assister à l’exécution de Louis Secrétain, orfèvre, condamné « à estre bouilly, trayné et pendu pour avoir forgé faulse monnoye ». Une foule très importante était réunie sur la place « foire-le-Roy », autour d’une chaudière remplie d’eau bouillante posée sur un grand feu. Après lui avoir lié les pieds et les mains, le bourreau précipita le faussaire, la tête la première, dans le récipient. Celui-ci n’y demeura que quelques instants car, ses liens s’étant rompus, il se redressa tout droit criant « Jésus ! Miséricorde ! » Le public, révolté, se mit à huer le bourreau : « Tuez le ribaud, tuez le traître » « bourreau, tu faiz languir ce povre pescheur ». Affolé, l’exécuteur s’arma d’un grand croc de fer pour essayer de replonger Secrétain au fond de la marmite. Les spectateurs s’étaient rapprochés, criant au miracle. Le bourreau tenta de s’échapper mais tomba criblé de coups. On vit des bourgeois le frapper avec des fourches et même une jeune fille de dix-huit ans lui asséner sur la tête des grands coups de bûche. Alors qu’il rendait l’âme, sa victime, à demi-cuite, fut emmenée en sûreté dans l’église des Jacobins. Un an plus tard, Charles VIII accorda sa grâce à Louis Secrétain ainsi qu’à tous ceux qui avaient pris part au meurtre du bourreau (5).

Durant tout le XVIème siècle, on continua d’appliquer cette peine aux faux monnayeurs. Le 19 septembre 1510, à Metz, le faussaire Bernard d'Anjou fut d’abord exposé au pilori, portant, cousus sur ses vêtements, des échantillons de monnaie de sa fabrication. Juste devant lui, le bourreau préparait les ustensiles de son supplice. Une chaudière avait été installée dans un fourneau en maçonnerie, bâti spécialement ; on y faisait chauffer six quartes d’huile mélangées à un volume double d’eau. Au bout de quelques heures, le liquide étant suffisamment bouillant, le condamné fut détaché, hissé sur un petit échafaud qui dominait la chaudière et lié avec une chaîne : les bras sous les cuisses et la tête ramenée contre les genoux. Ceci fait, l’exécuteur le saisit par les pieds et le précipita, cul par-dessus tête, dans le chaudron en ébullition. Il le retint un bon moment au fond à l’aide d’une fourche, jusqu’à ce qu’il fut complètement cuit (6). Le samedi 27 avril 1527, à Angers, sur la place des halles, Jehan Ducouldray, maître orfèvre, et Laurent Stelle, d’origine vénitienne « furent bouilliz touz vifs en eaue toute bouillante, en une grande chaudière ». Le lundi suivant, au même endroit, leur complice Jehan Le Vannier, du Pont-de-Sée, subit le même sort (7). Quelques mois plus tard, le 9 novembre, Yon de Lescat, marchand à Paris, fut bouilli au marché aux pourceaux pour avoir lui aussi fabriqué de la fausse monnaie. On pourrait multiplier les exemples.

Bien que dans les années 1600-1610, dans certaines régions, on continuait encore d’utiliser cette manière d’exécuter les faussaires, il semble que c’est sous le règne d’Henri IV qu’elle disparu progressivement.
A Rennes, au début du XVIIème siècle, la chaudière servant à de telles exécutions était encore assez souvent employée. En 1600, le parlement de Bretagne confirmant la sentence rendue par les juges de Dinan condamnant Guillaume Avard, sieur de la Herviay à « estre bouilly et pendu » spécifia que l’exécution se ferait à Rennes. Le 18 mars 1603, ce même parlement rendit un arrêt à l’encontre de Jacques Legrand, prévenu de fabrication et exposition de fausse monnaie, ordonnant qu’il soit « bouilly puis pendu sur les lices de ceste ville, son corps mort porté au lieu patibullaire » (8).
Une ordonnance rendue par le Parlement de Bretagne, le 1er mars 1604, sur requête de Jacques Cousinet, exécuteur criminel des arrêts, apporte de curieux détails sur cet instrument de supplice. Le bourreau en effet, exposant à la Cour les gros soucis que lui procurait la chaudière, expliquait que « comme lorsqu’il est question de vacquer aux exécutions des condemnés pour crimes de fabrication de faulse monnoye, il luy estoit impossible de faire lesdites exécutions à cause que la chaudière destinée pour ce faire est sise en ung chemin ordinaire près les lices de ceste ville par lequel il passe journellement charettes et chevaux à portans les provisions en ceste ville qui dissipent et rompent ladite chaudière, tellement » ajoute-t-il « que lors desdites exécutions, ledit Cousinet estoit contraint faire vacquer à la réfection et rédification de ladite chaudière et presque impossible faire chauffer l’eau dedans icelle par les incommodité du lieu de ladite sittuation et des maisons adjazantes » En conséquence, le requérant demandait qu’«il luy feust permis faire transporter ladite chaudière et fourneau d’icelle hors dudit grand chemin et lieu où elle est sittuée, en lieu plus éminant et commode pour faire lesdites exécutions.» La Cour fit examiner « l’estat de ladite chaudière » par un commis du greffe criminel qui en dressa procès verbal pour vérifier ces dires, puis elle ordonna que « ladite chaudière sera transportée en aultre lieu plus commode et éminant en ladite place des lices par l’advis des proches voisins de ladite place » Ceux-ci, consultés lors d’une sorte d’enquête informelle, avaient en effet donné un accord quasi enthousiaste à ce voisinage qui ne faisait que s’ajouter à celui du gibet. » (9)
En février 1609, un jugement rendu par les juges royaux de Concq, Rosporden et Fouesnant, semble prouver que l’abandon de la peine de la chaudière, à cette époque, tenait encore davantage à de simples raisons matérielles qu’à une évolution de la jurisprudence vers plus d’humanité. En effet, il est dit que le mari et la femme seraient « pendus et estranglés attendu qu’il n’y avoit chaudière y commodité pour les exécuter.» (10)
En 1610, à Nancy, Jean Morice dit Menard et son fils sont encore exécutés dans l’eau bouillante. De même qu’à Châteaulin les juges royaux condamne Nicollas Donval, accusé de fabrication et exposition de fausse monnaie, à faire amende honorable puis « de là mené sur l’écluze et chaussée de ladite ville et audit lieu en ung chaudron qui a ceste fin y seroit mis, bouilly puis pendu à la potence aussi à cest effet y dressée ». Mais le temps du supplice de la chaudière était sans doute déjà révolu car, dans un arrêt du 6 août 1612, le Parlement de Bretagne décida de commuer cette peine en une simple exécution par pendaison. (11)

Jourdan

(1) Comptes royaux (1285-1314), publié par R. Fawtier et F. Maillard, tome I, Comptes généraux, Paris.
(2) Ibidem
(3) Sauval, Histoire et recherche des antiquités de Paris, t. III, p. 274.
(4) N. Clément-Janin, Le Morimont de Dijon. Bourreaux et supplices, Dijon, Darantière, 1889, p.30.
(5) Archives Nationales, JJ 219, f°5.
(6) Charles Bruneau, La Chronique de Philippe de Vigneulles, Metz, S.H.A.L., 1927, tome IV, pp. 81-84.
(7) Archives municipales d'Angers, BB 18 fol. 95. Célestin Port, Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d’Angers, Paris Dumoulin, 1861.
(8) Christiane Plessix-Buisset, Le criminel devant ses juges en Bretagne aux 16e et 17e siècles. Paris, Maloine, 1988, p. 164.
(9) Ibidem
(10) Ibidem

(11) Ibidem

10 mai 2009

Femmes bourreaux


On pourrait citer de nombreux exemples de femmes de bourreaux qui ont assisté leurs maris dans l’exercice de leurs hautes œuvres. Surtout sous l’ancien régime.

En 1625, le bourreau de Dijon nommé Simon Grandjean avait été chargé d’exécuter Hélène Gillet, une jeune aristocrate de vingt-deux ans condamnée à mort pour infanticide par le présidial de Bourg puis par le parlement de Dijon. Le jour dit, une foule immense se pressait sur la place du Morimont. Comme la condamnée était noble, la tradition imposait qu’elle soit décapitée à l’épée. L’un des exercices les plus difficiles pour un bourreau. Evidemment, Simon Grandjean manqua la malheureuse. Sous les huées du public il tenta d’achever la décapitation en portant plusieurs coups successifs à la jeune femme, ne réussissant qu’à la blesser. Paniqué par la foule en colère, il lâcha son épée et couru se réfugier dans une petite chapelle qui se trouvait au pied de l’échafaud. C’est alors que son épouse (qui appartenait à une grande famille d’exécuteurs : les Chrétien) se présenta pour achever la besogne. D’abord, elle tenta d’étrangler Hélène Gillet avec la corde qui la liait. Sans succès. Puis, elle la tira jusqu’aux marches de l’échafaud. Là, malgré les pierres que les spectateurs commençaient à lui lancer, elle s’arma d’une énorme paire de ciseaux qu’elle avait apportée pour couper la chevelure de la suppliciée. Elle échoua dans sa tentative de lui trancher la gorge, ne parvenant qu’à la blesser un peu plus en lui plantant les ciseaux en divers endroits. C’était trop pour la foule qui se déchaîna contre l’exécuteur et son épouse : ils furent lapidés à mort. On parvint à sauver la condamnée qui, finalement, obtint des lettres de grâce de Louis XIII. Elle termina sa vie dans un couvent de Bourg.

En 1793, à Uzerche, on utilisait pour la première fois la guillotine. Le condamné, nommé Piarrissou, était gros et gras. Comme la machine était mal montée, la lame ne fit qu’entamer la nuque. Par trois fois, on remonta le couteau sans parvenir à le décapiter. Le sang giclait partout. Complètement désemparé l’exécuteur abandonna l’opération et choisit de s’enfuir. A la surprise générale, on vit alors paraître sa femme qui lui servait d’aide. Elle sortit un couteau de boucher qu’elle avait apporté «à tout hasard » et, en moins d’une minute, scia la tête du supplicié.

A Bruxelles, en 1840, un assassin avait été condamné à mort. Or, il n’existait aucun exécuteur dans cette ville. On fit appel à celui de Liège, nommé François Hamel. Mais c’était un homme faible et malade, âgé de soixante-quinze ans, qui n’avait plus exercé depuis bien longtemps. Le bourreau de Liège, inquiet à l’idée de perdre peut-être ses gages, décida d’envoyer son épouse. Agée de quarante ans, celle-ci se nommait Charlotte Reine et descendait d’une grande famille de bourreaux de l’Est de la France. Hamel lui expliqua les gestes qu’il fallait accomplir et l’envoya se présenter à sa place, à Bruxelles. Le procureur du roi fut très surpris de voir cette femme, pleine d’assurance, qui se déclarait prête à exécuter le condamné. On en référa au ministre de la justice et l’offre fut déclinée. Finalement, l’assassin obtint sa grâce et la bourrelle fut priée de rentrer chez elle. Hamel fut mis à la retraite en janvier 1843 et mourut en 1846, âgé de 80 ans. Sa femme lui survécut jusqu’en 1883.

Enfin, je n’évoque que pour mémoire le cas de Marguerite-Julienne Le Paistour (née à Cancale le 2 août 1720) sur laquelle j’ai trouvé des documents inédits. J’en parlerai, plus en détails, dans un prochain message. Cette jeune femme avait décidé de quitter sa famille et de mener une vie aventureuse sous des habits d’homme, se faisant appeler Henri. Après plusieurs années passées dans les armées, le hasard lui fit rencontrer un bourreau qui l’engagea comme aide. Pensant naturellement qu’il s’agissait d’un homme. C’est ainsi que « Monsieur Henri » devint l’aide du bourreau de Strasbourg puis de celui de Montpellier. Finalement, Marguerite/Henri fut nommée bourreau de Lyon, en novembre 1746. Après avoir exercé pendant plusieurs mois ce difficile office, elle finit par être impliquée comme complice d’une bande de voleurs. Emprisonnée plusieurs mois, elle fut relâchée lorsqu’elle épousa, le 26 novembre 1749, un valet du nom de Noël Roche.

Jourdan