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17 janvier 2010

De la difficulté de trouver un bon exécuteur en Auvergne


Nommé intendant d’Auvergne en décembre 1684, Pierre de Bérulle (1) arrive dans cette province avec l’intention d’y remettre de l’ordre. Stupéfait, il découvre notamment que la justice s’est singulièrement relâchée. Cent-vingt meurtres ont été commis en quatre ans. Pas un n’a été puni ! « On manque de juges dans la montagne » constate-t-il en citant l’exemple du bailliage de Saint-Flour où, faute de magistrats, les jugements se sont plus rendus. Ailleurs, un nommé Balthazar, « conseiller ruiné qui n’a que sa charge pour tout bien » dirige seul le bailliage, le lieutenant général « est à Paris depuis sept ans ! et n’exerce pas ses fonctions.»

Pour mettre un terme à cette criminalité, Bérulle lança dans toutes les directions ses hoquetons (2) et sa maréchaussée. En quelques mois il parvient à purger les montagnes, remplit les prisons et fait tomber quelques têtes pour l’exemple. (3) Le 6 mars 1686 il écrit au contrôleur général : « Nos prisons sont pleines de scélérats et de faussaires; il y en a cinquante-huit dans celles de Riom et plus de cinquante dans celles de Clermont. Il ne se passe point de semaine que nous ne donnions des exemples au public par l'exécution de quelqu'un de ces misérables.» (4)

Mais pour exécuter les sentences l’intendant a besoin d’un bon bourreau. Il renvoie l’ancien exécuteur de Riom, qui s’est montré particulièrement maladroit, et fait venir un maître expérimenté. Il s’agit de Georges Brunet, âgé de trente-trois ans, bourreau de Nevers. Comment l’a-t-il persuadé de quitter la capitale du Nivernais, où il exerce depuis une dizaine d’années, pour les montagnes d’Auvergne ? On l’ignore. Brunet est natif de Riom, ce qui facilite sans doute sa connaissance du pays. Marié à deux reprises, père de six enfants (qu’il laisse avec son épouse en Bourgogne) c’est dans doute l’appât d’un bon salaire qui l’a déterminé à accepter ce poste.

Dès son arrivée à Riom, Georges Brunet se met immédiatement au travail. Conscient qu’on ne saurait se passer de ses services, il en profite pour avancer ses exigences. Voici ce que l’intendant Bérulle écrit au contrôleur général, à son sujet, le 25 avril 1686 : "Nous avons fait venir de Nevers un exécuteur: c'est un ouvrier nécessaire en ce pays, et, comme il est habile, il veut qu'on le loge; nous n'avons pu trouver dans la ville aucune maison qu'on voulust luy louer; il menace de nous quitter. Il ne se trouve que cette maison que louoient les trésoriers de France, dont on puisse se servir; il y faut pour une cinquantaine d'écus de réparations. Je vous prie de me mander si vous trouvez bon qu'on prenne ladite maison et que j'y fasse les réparations nécessaires, ou aux dépens de ceux qui en ont joui, ou aux dépens du domaine. Cet officier est extrêmement nécessaire par l'occupation qu'on lui donne journellement, et l'on a de la peine d'en trouver qui sachent leur mestier. Un Père de l'Oratoire, assistant à la roue un criminel, pensa estre tué à coups de pierres à cause de l'ignorance de l'ancien exécuteur, qui donna plus de cent coups à ce misérable, qui languit très longtemps sans pouvoir mourir. L'on se servit, il ya quelques jours, d'une charrette et d'un cheval qu'on trouva dans la ville, pour porter aux fourches le corps d'un criminel le maistre n'a plus voulu s'en servir, et en demande le payement, qui est de 40 ou 50 [livres]. L'on a donné, sous vostre bon plaisir, cet équipage à nostre nouvel officier, qui n'en avoit point, et j'en ordonneray le payement sur le domaine, si vous le jugez à propos." (5)

Le nouveau bourreau de Riom n’exerça que pendant un an ou deux seulement. Il est encore en Auvergne le 30 janvier 1687, date à laquelle son épouse, Marguerite, revend aux Carmélites de Nevers une chambre basse située rue du puits de Saint-Trohé, dans cette ville. L’acte précise que son mari, Georges Brunet, est « exécuteur de la haute justice de la ville de Riom en Auvergne. » Toutefois, le 26 février 1688 son dernier fils, Georges, est baptisé paroisse Saint Trohé, à Nevers. Est-il déjà rentré en Bourgogne ? Le 16 mai suivant, l’exécuteur de la haute justice de Riom – dont le nom n’est pas précisé – demande à la ville « de prélever, ainsi qu'il s'est toujours fait, un droit sur les denrées, sans quoi il sera contraint de se retirer » (6) Ce que les consuls acceptent en convertissant ce prélèvement en un salaire annuel. Ultime tentative de Georges Brunet pour accroitre son traitement ? Ce qui est certain, c’est qu’il retourna en Bourgogne peu de temps après. Il reprit son poste de bourreau de Nevers et l’occupa jusqu’à son décès, en 1709.

(1) Pierre, marquis de Bérulle, vicomte de Guyencourt, conseiller du roi et maître des requêtes. Il fut intendant en Auvergne (décembre 1684-août 1687), à Lyon (août 1687-octobre 1694) puis premier président du Parlement de Dauphiné et commandant de la province. Il mourut en 1723.
(2) Corps spécial formant la garde particulière de l’intendant.
(3) Charles Felgères, Scènes et tableaux de l’histoire d’Auvergne, Paris, Le livre d’histoire, 2005, p. 319.
(4) A.M. de Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux de finances avec les intendants des provinces, tome 1 (1683 à 1699), Paris, Imprimerie Nationale, 1874, n°245 p.63.
(5) idem, n°269 p.69.
(6) Archives municipales de Riom, BB 90, f°11
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22 novembre 2009

Règlement du bourreau de Montauban (1588)

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La ville de Montauban possédait un bourreau dès le XVème siècle. En 1536, ses consuls édictèrent un règlement sur les « libertés et franchises » accordées à l’exécuteur. Le 13 mai 1588, le conseil général de police de l’hôtel de ville renouvela ces statuts en y ajoutant toute une série d’obligations en rapport avec la vie locale. Outre ses activités traditionnelles, comme la punition des criminels et des délinquants, on observe que le bourreau était chargé de la propreté de la cité et de la répression des petits abus quotidiens. Il nous a paru intéressant de publier ce document (1) (avec quelques corrections de l’orthographe) :

- [il est interdit à l’exécuteur] de ne point sortir de la ville ou faubourg pour aller faire quelque exécution ou pour aller aux foires et marchés des environs sans la permission des consuls.
- Il tiendra la place publique nette et la fiente lui appartiendra.
- Il visitera chaque jour la fontaine du Griffoul, l’abreuvoir, l’oulete et la fontaine du Moustier et s’il y trouve quelqu’un qui y lave quelque tête de mouton ou d’autre bête, ou du linge, il l’exécutera sur ce que cette même personne y aura apporté et retiendra ce qu’il lui aura pris jusqu’à ce que, pour chaque exécution (2), il lui soit payé 1 sol tournois.
- La même chose lui est permise s’il trouve quelqu’un qui puise de l’eau dans le bassin du Griffoul avec quelque vaisseau (3) qu’il gardera jusqu’au payement de l’amende d’un sol tournois.
- S’il trouve quelque bête liée et attachée à quelque pilier de la grande place publique ou dans les rues de la ville, il prendra la bête et la mènera au château royal où il la tiendra renfermée jusqu’à ce qu’il soit payé d’un sol d’amende ; outre cela il gardera le licol sans que le concierge en puisse prendre aucun droit.
- Ses gages ordinaires seront d’un écu par mois de 60 sols.
- A la pentecôte, outre ses gages il lui sera baillé une casaque de drap, des chausses et un bonnet de la couleur qu’il plaira aux consuls.
- Chaque premier jour de l’année que la Sainte Cène du Seigneur sera célébrée dans la ville, il lui sera donné par le trésorier de l’hôtel de ville 10 sols tournois outre le précédent salaire.
- Les outils nécessaires pour faire les exécutions lui seront fournis par les consuls.
- A chaque exécution il aura une paire de gants et s’il arrivait qu’il ait besoin d’aide ou d’autre exécuteur ou autrement pour quelque exécution les consuls feront payer l’aide par le trésorier.
- Pour le fouet ou les verges donnés dans la basse cour de l’hôtel de ville il aura 6 sols.
- Pour le fouet ou les verges aux environs de la place publique il aura 7 sols 6 deniers.
- Pour tout homme ou femme condamnés aux verges ou au fouet à tous les coins de la ville il aura 10 sols.
- S’il faut qu’il aille à quelqu’un des faubourgs de cette ville et jusqu’aux croix il aura 15 sols.
- A chaque fois qu’il appliquera la question il aura 15 sols.
- Pour chacun mis au pilori il aura 5 sols et s’il faut le conduire aux faubourgs pour le mettre il aura 7 sols 6 deniers.
- S’il coupe une ou deux oreilles et s’il flétrit quelqu’un, soit en le marquant sur l’épaule ou sur le front ou sur toute autre partie du corps, ou bien s’il doit couper la langue ou la percer sans passer à d’autres punitions, il aura 15 sols tournois en ce compris le salaire du fouet s’il y est condamné.
- De chaque personne désespérée (4) et pour porter le cadavre aux champs il aura 15 sols tournois.
- De tout homme ou femme qu’il pendra et étranglera à la place publique ou en quelque autre endroit de la juridiction il aura 40 sols tournois.
- Pour chaque tête qu’il coupera dans la ville ou sa juridiction il aura 40 sols tournois.
- Si quelqu’un est condamné à avoir quelque membre coupé et qu’il le coupe, soit en vie ou mort, il aura 50 sols sous la condition de porter le membre coupé là où la justice lui aura ordonné de le porter.
- Pour toute personne qu’il exécutera et qui sera condamnée à être brûlée, soit en huile ou autrement, en vie ou mort, il aura un écu sol pour chacun.
- De toute personne rouée il aura tant pour lui que pour ceux qui l’aideront 100 sols.
- Si quelqu’un est plongé dans la rivière deux à trois fois pour avoir blasphémé ou pour toute autre pareille raison, il aura 20 sols.
- S’il jette de la chair moruuse (5) dans la rivière ou qu’il la brûle à la place publique, il aura 2 sols 6 deniers.
- Tous porcs grands et petits trouvés dans les fossés de la ville, à Villenouvelle ou à Villebourbon ou sur les terrasses de campagnes ou du Moustier, il les prendra et les conduira au château royal et pour chacun, ou pour chaque truie, il aura 10 sols tournois de celui à qui les porcs appartiendront.
- Pour chaque brebis ou chèvre, il lui sera payé 6 deniers.
- Pour chaque cheval, jument, âne, ânesse, il lui sera payé 1 sol tournois.
- S’il trouve des porcs, pourceaux ou truies dans l’enclos de cette ville, ou des oisons et des canards, il les enfermera au château royal et pour chacun les maîtres de ces animaux lui payeront un sol, et pour chaque oison ou canard, 6 deniers tournois.
- Quand il ira aux foires, aux marchés de la ville ou quelques autres lieux, il ne prendra rien des paysans, que de gré et ce qu’ils lui voudront donner pour une fois seulement, sans pouvoir mettre la main aux paniers.
- Et pour être reconnu il portera la casaque avec une verge à la main et s’il demande du bois aux charretiers il en prendra volontairement sans qu’ils y soient contraints.
- Les consuls de la ville lui baillent une petite maison située au carrayron ou petite rue des josias (6), sans payer aucun louage, rente, ni taille, laquelle maison il tiendra nette et sera tenue en bon état par la communauté.
- S’il contrevient et délinque à tout ce dessus il demeura 24 heures aux ceps (7), sans prendre de plus grande punition s’il y échoit.

(1) Bibliothèque Nationale, N.A.F. 10139, f° 305r°-307v°.
(2) chaque confiscation.
(3) vaisseau, c’est-à-dire un récipient.
(4) désespérée (qui s’est suicidée)
(5) putréfiée.

(6) C'est-à-dire sur le carreron, rue des juifs. Cette ruelle, qui partait de l'église Saint-Jacques, était bordée à son extrémité par une maison appartenant à la ville et où, déjà en 1480, le bourreau était logé.
(7) il sera mis aux fers, en prison.