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1 mai 2013

Agressions contre le bourreau de Lyon (1738-1740)



   Guy Peillon, auteur de plusieurs ouvrages sur Mandrin et les contrebandiers, vient de nous communiquer un document très intéressant trouvé au cours de ses recherches. Nous l’en remercions. Il s’agit d’un ensemble de plusieurs lettres du procureur du roi de Lyon donnant de curieux détails sur une série d’agressions, parfois violentes, dont fut victime le bourreau de Lyon entre 1738 et 1740. Précieux témoignage sur l’existence précaire et dangereuse des exécuteurs de justice sous l’ancien régime.

A Lyon, le 5 février 1738

    Sur ce qui a été remontré par le Procureur du Roi, qu'au préjudice des défenses portées par nos différents jugements faites à toutes personnes d'insulter, d'attaquer, ni maltraiter l'exécuteur de la haute justice de cette ville, ni les siens, lorsqu'ils viennent dans ladite ville, ni dans la maison dudit exécuteur, sise à la Madeleine au faubourg de la Guillotière, et notamment par sentence rendue en la Chambre criminelle le 6 février 1738.
    Néanmoins Jean Ascena, actuellement exécuteur, a été depuis quelques temps insulté et attaqué par la populace de cette ville, entre autre les dimanche et fêtes que le public va se promener audit faubourg de la Guillotière et passant devant la maison dudit exécuteur, ces personnes de la lie du peuple se donnent la licence de jeter des pierres contre la maison et dans le jardin dudit exécuteur, d'heurter et frapper à sa porte jusqu'à vouloir l'enfoncer. Dans laquelle maison cette populace effrénée (lorsqu'elle vient de boire) voulait entrer et porter leurs excès et insultes et accabler ledit exécuteur et les siens, auxquels elle ne manquerait pas de faire un mauvais parti.
    D'ailleurs ledit Procureur du Roy est informé que l'on insulte et maltraite aussi les gens de la maison dudit exécuteur lorsqu'ils viennent en cette ville pour les affaires et besoins particuliers; et depuis peu de jours dans une maison située rue Jérusalem, au quartier de la place de Louis le grand, tous les gens qui occupent cette maison, leurs ouvriers et domestiques, à eux joints des garçons charpentiers qui demeurent au bas d'icelle, se ruèrent sur la nommée Marie Disse que ledit exécuteur avait envoyé retirer du linge chez une couturière demeurant dans ladite maison, parce qu’ils reconnurent avoir vu ladite Disse dans la maison dudit exécuteur, lui dirent rouler les escaliers en l'accablant à coups de pied et de poings, même lesdits garçons charpentier ou menuisier la frappèrent à coups de bâtons.
Comme il est de l'intérêt de la justice de réprimer cette licence publique et d'arrêter le cours de ces entreprises ledit procureur du Roi requiert que votre jugement du 6 février 1738 sera exécuté selon sa forme et teneur et en conséquence faire nouvelles défenses à toutes personnes d'insulter, d'attaquer, ni maltraiter l'exécuteur de la haute justice, ni les siens, soit en cette ville, soit audit faubourg de la Guillotière, et pour prévenir les suites fâcheuses que de pareils attroupements pourraient causer, ordonner que ceux qui contreviendraient aux défenses seront arrêtés même sur le champ par les huissiers, sergents, cavaliers de maréchaussée ou soldats du guet sur ce requis ou qui se trouveront présents et les conduire dans les prisons de cette ville pour le procès leur être fait et parfait, à la requête dudit Procureur du Roi et être punis suivant la rigueur des ordonnances [...]

Sur ce qui a été remonté par le Procureur du Roi qu'il a été averti que des gens de la lie du peuple et mal intentionnés se donnaient la licence d'insulter en cette ville l'exécuteur de la haute justice et de le maltraiter à coups de pierre, soit qu'il y vint, ou pour ses affaires particulières, ou pour mettre à exécution les mandements de justice, ce qui est arrivé plusieurs fois et notamment après l'amende honorable faite, il y a quelques mois, devant l'église des cordeliers par le nommé Bron, bedeau de la charité de cette ville, à laquelle il avait été condamné par arrêt du Parlement de Paris, où ledit exécuteur aurait été en danger de perdre la vie sans le secours des cavaliers de la maréchaussée qui sont chargés de l'escorter et même samedi dernier au retour dudit exécuteur dans les prisons royales de cette ville qui venait de conduire le nommé Metra devant la principale porte de l'église de Saint-Jean, pour y faire amende honorable, à quoi il avait été condamné, ainsi qu'aux galères pendant sa vie, par sentence rendue en ce siège présidialement et en dernier ressort. Le valet dudit exécuteur étant sorti le premier desdites prisons aurait été insulté par une populace attroupée laquelle lui auraient jeté des pierres et, sans le secours de quelques bourgeois, elle se serait portée aux derniers extrémités. C'est pour réprimer de pareils excès et attentats aux ordres de la justice que ledit Procureur du Roi pour le du de son ministère requiert être ordonné que défenses seraient faites à toutes personnes d'insulter, attaquer, ni maltraiter l'exécuteur de la haute justice, tant dans les faubourgs que lorsqu'il vient de son domicile en cette ville et qu'il y retourne, comme aussi de s'attrouper sur son passage, ordonne en outre que ceux qui contreviendront auxdites défenses seront arrêtés sur le champ par les huissiers, sergents, cavaliers de maréchaussée ou soldats du guet sur ce requis ou qui se trouveront présents et conduits dans les prisons royaux de cette ville pour leur procès leur être fait et parfait à la requête dudit procureur du Roy et être punis suivant la rigueur des ordonnances, requérant que le jugement qui sur ce interviendra soit lu publié et affiché au besoin sera.


19 septembre 1740

    A Monsieur le lieutenant criminel en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon,
    Vous remontre le Procureur du Roi qu'il a été informé que lors des dernières exécutions qui ont été faites à la place des terreaux de cette ville des condamnés à mort, nombre de gens de la lie du peuple, tant hommes que femmes, se seraient attroupés tumultueusement en différents endroits de cette ville, armés de pierres et de bâtons, pour attendre l'exécuteur lorsqu'il se retirait après lesdites exécutions en son domicile sis au faubourg de la Guillotière et l'auraient accablé de plusieurs coups, ce qui serait arrivé lors de l'exécution qui fut faite le 5 mai dernier du nommé Guillaume Chambert, domestique convaincu de vol avec effraction, ensuite du jugement rendu en le présidial ledit jour, après laquelle l'exécuteur passant à la place de l'herberie et ayant été dangereusement blessé en différentes parties de son corps, fut obligé de se refugier dans une maison sise rue longue pour lui servir d'asile dans laquelle néanmoins il aurait été infailliblement assassiné par la populace, qui le poursuivait, sans le secours des soldats du guet qui survinrent et celui des officiers dudit quartier qui firent mettre promptement sous les armes une partie de la bourgeoisie, lesquels ayant investi ladite maison dérobèrent l'exécuteur à la violence effrénée de cette multitude, mais comme le désordre en cette occasion fut si grand qu'on ne put pas distinguer ni reconnaitre quelques uns de ces mal intentionnés cette affaire a demeuré sans poursuite, depuis et le 6 août dernier deux particuliers prévenus de vols ayant été condamnés au dernier supplice par sentence prévôtale rendue en le présidial et ayant été exécutés, une partie du peuple qui avait été présent à cette exécution aurait attendu qu'elle eut été terminée et aurait ensuite poursuivi ledit exécuteur depuis ladite place des terreaux jusqu'au pont de la Guillotière, à coups de pierres de nombre desquelles il aurait été atteint malgré les soins des cavaliers de la maréchaussée commandés pour l'escorter, lesquels ayant aperçu sur ledit pont deux particuliers saisis de pierres les auraient arrêté et constitué prisonniers, le sieur prévôt de ladite maréchaussée aurait commencé une procédure pour raison de cette attroupement et émotion populaires mais ayant été ensuite déclaré incompétent par jugement du présidial du 2 juillet dernier suivant les 6e et 7e articles de la déclaration du roi du 5 février 1731 le greffier aurait du remettre au greffe de ce siège expédition de la procédure ce qui n'a pas encore fait et comme pour prévenir les désordres fâcheux que l'impunité de ces crimes commis par les séditieux pourrait occasionner, il est très important de faire subir auxdits deux accusés détenus et à leurs complices la peine qu'ils méritent. Ledit procureur du roi pour le du de son ministère requiert attendu que la connaissance de ces délits vous appartient que commandement soit fait au greffier de la maréchaussée de remettre dans trois jours au greffe de ce siège expédition de la procédure commencée par le sieur prévôt [...]

Nota : l’orthographe et la ponctuation ont été rétablis en français moderne.

Archives départementales du Rhône, BP 3103.

5 novembre 2009

Emotion d'échafaud à Arras vers 1594

 
Avec ce nouveau récit d'une émotion d'échafaud qui a pour cadre, cette fois, le Nord de la France, il apparait que pour l'opinion publique d'autrefois, le lynchage d'un bourreau maladroit – surtout s'il avait inutilement fait souffrir le condamné – semblait une punition tout-à-fait légitime.
A Arras, vers 1594, la population s'était rassemblée sur la place du grand marché pour assister à l'exécution du nommé Nicolas de la Rye. Le supplicié devait être décapité à l'épée. Opération qui, nous l'avons souvent constaté, était particulièrement difficile à réaliser, même pour un bourreau expérimenté. L'exécuteur, Etienne Chyron, ne parvint pas à décoller du premier coup le condamné. Après plusieurs tentatives pour achever l'opération, qui échouèrent, il fut contraint de "débiter" son patient à la manière d'un boucher. S'en était trop pour les spectateurs. Spontanément, l'un d'eux s'empara de l'échelle de l'échafaud et en frappa violemment le bourreau à la tête. Blessé, celui-ci s'enfuit poursuivi par une partie de l'assistance armée de pierres et de bâtons. Le malheureux, qui s'était refugié dans la cave de l'auberge du cygne, y fut assailli par ses poursuivants et criblé de coups. Il succomba, ayant reçu plusieurs blessures mortelles.

Un jeune homme d'Arras, Antoine Meynart, avait participé au meurtre du bourreau en lui donnant un coup de couteau dans le dos. En fuite, il demanda – et obtint semble-t-il en 1594 – sa réhabilitation (1). Voici un extrait du document où, pour justifier son acte, il met en avant sa conviction " que telle chose (la mise à mort du bourreau) se pouvoit licitement faire, selon que la commune populace en at l'opinion…"

" [Antoine Meynart, jeune homme d'Arras, s'était ] avec plusieurs aultres d'icelle ville, transporté sur le grand marché pour voir l'exécution que s'y faisoit, avec l'espée, de Nicolas de la Rye, ce qu'exécutant, certain officier de justice, nommé maistre Etienne Chyron, auroit, par plusieurs et diverses fois, failly de lui trancher la teste, laquelle, à la parfin, il auroit esté pitoiablement constrainct luy hacher, dont le peuple y assistant se seroit tellement esmeu que ung d'entre ledict peuple se seroit le premier advancé de prendre l'eschelle apposée à l'eschafaut et d'icelle donné ung coup mortel sur la teste d'iceluy officier, lequel, s'estant mis en fuyte, auroit tellement esté poursuiviz par la plupart du peuple y assemblé, qu'il auroit esté chassé dans la cave de l'hostellerye où pend pour enseigne le cigne ; entre lesquelz ledit Antoine Meynart (encoire jeusne homme, pensant que telle chose se pouvoit licitement faire, selon que la commune populace en at l'opinion, combien qu'erronnée), s'y seroit trouvé, mesmes avec plusieurs poursuivans, dans la cave, où ledit officier seroit décédé des coups par luy receus et, par espéciale de celuy de l'eschelle qui desja estoit mortel, et d'aultres qui lui auroient esté inférez de ceulx estans entrez en ladite cave, entre lesquelz ledit Antoine auroit donné ung coup de cousteau au dos, pensant telle chose se pouvoir faire impugnément comme dict est et qu'il se seroit de tant plus persuadé, qu'il voyoit telle multitude de peuple faire le semblable et poursuyvre ledict officier, garniz de pierres, cailloux et aultres bastons ; ce qu'ainsi advenu, voyant ledict suppliant que plusieurs en seroient esté recherchez, mesmes constituez prisonniers, dont les aulcuns auroient esté puniz par le dernier supplice comme aultrement, se seroit absenté de la dicte ville d'Arras et auroit esté banni à tous jours et à toutes nuictes à paine de hart." (2)

(1) Chrétien Dehaisnes, Etude sur les registres des chartes de l'audience conservés dans l'ancienne chambre des comptes de Lille, Mémoires de la Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille, 4e série, Tome 1er, Paris-Lille, 1876, pp. 366-367.
(2) Archives départementales du Nord, B.1790, année 1594.


15 octobre 2009

Les pénitents de Limoges font évader un condamné à mort


Au XVIIIème siècle, dans un certain nombre de villes de France, une tradition bien établie permettait à des confréries de pénitents d'assister aux exécutions et de procéder à l'inhumation des suppliciés. Mais la mission de ces hommes aux visages dissimulés sous des cagoules, admis auprès des échafauds, allait parfois au-delà de la simple charité. C'est ainsi qu'à Limoges les Pénitents Pourpres, de concert avec les amis d'un condamné, parvinrent à l'escamoter et à l'aider à s'enfuir au moment de son exécution.

L'histoire se situe à la fin de l'année 1742 ou dans les premiers mois de 1743. Un milicien nommé Michel Pascault avait déserté son régiment pour se réfugier dans une cachette qu'il croyait sûre. Retrouvé par un archer, il tua celui-ci en tentant de lui résister. Arrêté cette fois pour ce crime, il fut jugé et condamné à être pendu. L'affaire enflamma les Limougeauds. Une partie de la population inclinait en faveur de Pascault, pensant, à tort ou à raison, que les modalités de son arrestation et de son jugement n'étaient pas "régulières". On disait que l'archer chargé de l'arrêter avait, auparavant, accepté de l'argent du déserteur ou de sa famille contre promesse de ne pas l'inquiéter. De surcroît, la sentence n'avait pas été prononcée par un tribunal ordinaire mais, en raison des circonstances particulières de ce crime, directement par l'intendant du Limousin. L'opinion publique était surexcitée à tel point que les écoliers de Limoges conçurent le projet de faire échouer l'exécution. Les Pénitents de la ville acceptèrent de les aider.
Le jour où le bourreau vint prendre possession du condamné, le plan qu'ils avaient élaboré se déroula parfaitement. Secrètement, la corde de la potence avait été sciée en partie ou, d'après la tradition, frottée au vitriol. Si bien que quand l'exécuteur y eut attaché Pascault, elle se rompit sous le poids de celui-ci. Tombé à terre, le condamné fut immédiatement entouré par les Pénitents qui se tenaient en nombre au pied de la potence. Tandis que les écoliers, disséminés parmi l'assistance, faisaient diversion, les hommes en rouge firent promptement disparaître le supplicié sous un déguisement qu'ils avaient préparé. Le public compatissant ne fit rien pour s'opposer à sa fuite.

Que devint Michel Pascault ? Quelles furent les sanctions prisent à l'encontre des instigateurs et des complices de cette évasion qui eut, on l'imagine, un certain retentissement ? Nous n'avons retrouvé aucun document qui nous renseigne. Cependant, le Parlement de Bordeaux jugea cette affaire suffisamment grave pour prendre un arrêté, le 3 avril 1743, instituant des mesures de rétorsion à l'égard de toutes les confréries de Pénitents située dans l'étendue de sa juridiction. En voici le texte (1) :

ARREST de la Cour du Parlement, qui fait très expresses inhibitions et défenses à tous Pénitents rouges et blancs et autres de quelque couleur qu'ils soient ou puissent être, d'assister en habits de Pénitens ni en corps de confrérie aux exécutions des condamnez à mort, sous quelque prétexte que ce puisse être, à peine de trois cens livres d'amende, etc.
x
(Du 3 avril 1743)

Ce jour, le Procureur Général du Roy est entré et a dit : Qu'il est informé que, par un usage établi dans plusieurs Villes et Lieux du Ressort de la Cour, certaines espèces de Confréries, qu'on appelle des Pénitens, dont les uns sont distinguez par Pénitens Blancs, les autres Pénitens Gris, Rouges, Bleus, et autres couleurs, assistent en corps de Confrérie aux exécutions des condamnez à mort, sous prétexte de prendre ensuite le soin de l'inhumation du cadavre du supplicié, et de faire dire des prières. Que cet usage, qui paroît avoir la piété pour principe, est sujet à de très grands inconvéniens, puisque, sous l'Habit dont ces prétendus Pénitens ont la précaution de se revestir dans ces sortes d'occasions, et qui les empêche d'être reconnus de personne, il seroit aisé d'attrouper et aposter des gens armez et mal intentionnez, qui enlèveraient à force ouverte, à la Justice, ceux qu'elle auroit jugés dignes du dernier suplice. Qu'on vient même d'éprouver tout récemment, dans la Ville de Limoges, l'abus de la charité des Pénitens Rouges de cette ville, dont le Corps de Confrérie s'étoit assemblé pour assister à l'exécution du nommé Michel Pascault, condamné à mort pour un meurtre dont la connoissance avoit été attribuée à M. le Commissaire départi de la Province du Limousin; la corde à laquelle ce condamné étoit suspendu ayant cassée, et le patient tombé par terre, ces Pénitens Rouges s'étoient jettez sur lui, aussi bien que sur l'Exécuteur, et, avec le secours de la populace, qui s'étoit émue en cette occasion, ils étoient venus à bout d'arracher le coupable des mains de la Justice et de le garantir du suplice auquel il avoit été condamné. Que comme l'on peut et doit craindre ailleurs des pareils événemens si le même usage de l'assistance des Pénitens y avoit lieu, il paroît de la prudence et de la sagesse de la Cour de les prévenir en faisant des défenses à tous Pénitens Rouges ou autres, de quelque couleur qu'ils soient, dans toutes les Villes et Lieux du Ressort de la Cour, d'assister aux exécutions des condamnez à mort en habit de Pénitent, ni en Corps de Confrérie, etc., etc.
LA COUR, faisant droit de la Réquisition du Procureur Général du Roy, fait très expresses inhibitions et défenses à tous Pénitens Rouges et Blancs, et autres de quelque couleur qu'ils soient ou puissent être, dans toutes les Villes, Bourgs et autres Lieux du Ressort de la Cour, d'assister en Habits de Pénitens, ni en Corps de Confrérie, aux exécutions des condamnez à mort, qui se feront dans lesd. Villes et Lieux, sous quelque prétexte que ce puisse être, à peine de 300 livres d'amende contre chacun des contrevenans, applicable aux Hôpitaux des Lieux, ou les plus prochains, même de punition exemplaire si le cas y échéoit ; pour raison de quoi, en cas de contravention au présent Arrêt., il sera informé, à la requête et diligence des Substituts dudit Procureur Général, devant les Juges Royaux des Lieux, même par les Officiers des Haut-Justiciers dans les Justices Seigneuriales, pour, les informations faites, aud. Procureur Général du Roy communiquées et à la Cour rapportées, être statué ce qu'il appartiendra : Enjoint auxdits Substituts dans les Bailliages, Sénéchaussées et autres Juridictions Royales, même aux Officiers des Justices Seigneuriales, et aux Maires, Jurats, Echevins, Consuls et autres Officiers Municipaux du Ressort de la Cour, de tenir, chacun en droit soi, la main à l'exécution du présent Arrêt, etc. — Fait à Bordeaux, en Parlement, le trois avril 1743.

Cet enlèvement d'un supplicié sur les lieux de son exécution n'est pas unique. On peut citer d'autres cas dans différentes villes de France. Ainsi, le 22 avril 1772, à Montpellier, les Pénitents Blancs tentèrent de répéter l’évasion de Limoges. Le supplicié – un sergent-fourrier du régiment d’Aquitaine – allait être pendu quand un Frère trouva le moyen de couper la corde. Le condamné tomba à terre et les pénitents s’avancèrent pour le secourir. Cependant ils en furent empêchés par l’aide-major de la place. Le pendu, qui respirait encore, fut porté à l’église Saint-Denis où il expira (2).

Les Pénitents Pourpres de Limoges, quant à eux, furent obligés de s'abstenir de paraître aux supplices. Menacée de suppression après avoir été complice d'un acte de rébellion aussi grave, la compagnie – qui jouissait d'une forte popularité – continua néanmoins à subsister. Quelques années après, le Présidial toléra la présence de quelques confrères aux côtés des condamnés à mort mais n'autorisant le rassemblement de toute la confrérie qu'une fois l'exécution terminée. Quarante ans plus tard, les Pénitents Pourpres avaient repris dans toute sa plénitude l'exercice de leur principale mission, sauf qu'il ne leur était permis – qu'exceptionnellement – d'escorter en corps le condamné dans le trajet de la prison à l'échafaud (3).

(1) Bibliothèque de Limoges, LIM B6145/21 (Arrêt imprimé à Bordeaux, chez J.-B. Lacornée, imprimeur du Parlement et de l'Hôtel de ville, rue Saint-James).
(2) Jules Delalain, Les Pénitents blancs et les Pénitents bleus de la ville de Montpellier. Leurs origines. Leur histoire. Leurs règles, Montpellier, J. Martel aîné, 1874, pp. 56-57.
(3) Louis Guibert, Les confréries de pénitents en France et notamment dans le diocèse de Limoges, Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, tome 27, Limoges, imprimerie Chapoulaud Frères, 1879, pp. 130-133.