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28 mai 2009

Portrait du bourreau de Paris en 1782

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En 1782, dans un chapitre intitulé Le Bourreau, publié dans son célèbre Tableau de Paris (1), l’écrivain Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) livre un portrait sans complaisance de l’exécuteur des hautes œuvres, Charles-Henry Sanson :

« L’exécuteur de la haute-justice a pour gages dix-huit mille livres par an. Il n’en touchoit que seize mille il y a six ans. Il avoit le droit de porter ses mains immondes sur les denrées publiques, pour en prendre une portion. On l’a dédommagé en argent.
Il n’y a eu qu’un homme de décapité à Paris depuis quarante ans environ. Aussi le bourreau est-il inexpérimenté dans cette fonction.
La dernière classe du peuple connoît parfaitement sa figure ; c’est le grand acteur tragique, pour la populace grossière, qui court en foule à ces affreux spectacles, par le sentiment de cette inexplicable curiosité, qui entraîne jusqu’à la foule polie, quand le crime ou le criminel sont distingués.
Les femmes se sont portées en foule au supplice de Damiens ; elles ont été les dernières à détourner leurs regards de cette scène.
Le petit peuple s’entretient fréquemment de l’exécuteur, dit qu’il a table ouverte pour les pauvres chevaliers de Saint-Louis, & va chercher chez lui de la graisse de pendu ; car il vend les cadavres aux chirurgiens, ou les garde pour lui, à son choix : le criminel ne peut pas se vendre de son vivant, ainsi qu’il fait à Londres.
Rien ne distingue cet homme des autres citoyens, même lorsqu’il exerce ses épouvantables fonctions ; ce qui est très-mal vu ; Il est frisé, poudré, galonné, en bas de soie blancs, en escarpins, pour monter au fatal poteau : ce qui me paroît révoltant, puisqu’il devroit porter, en ces moments terribles, l’empreinte d’une loi de mort. Ne saura-t-on jamais parler à l’imagination, & puisqu’il s’agit d’effrayer la multitude, ne connoîtra-t-on jamais l’empire des formes éloquentes ? L’extérieur de cet homme devroit l’annoncer.
Il est sans contredit le dernier citoyen de la ville, & lui seul est frappé par son emploi d’un opprobre inhérent. Il a des valets qui exercent, pour cent écus, le métier qu’il fait pour six mille. Et il trouve des valets !
Il y auroit beaucoup de réflexions à faire sur cet agent de notre législation ciminelle, pour savoir à qui il appartient spécialement ; mais cet examen nous jeteroit dans une dissertation étrangere à la nature de cet ouvrage.
Il marie ses filles, quand il en a, à des bourreaux de province. Entre eux ils s’appellent ( à l’instar des évêques ) Monsieur de Paris, Monsieur de Chartres, Monsieur d’Orléans, &c ; & Charlot & Berger fournissent aux entretiens du peuple une matiere inépuisable. Tels savetiers savent l’histoire des pendus & des bourreaux, ainsi qu’un homme de bonne société sait l’histoire des rois de l’Europe & de leurs ministres. »

(1) Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Nouvelle Édition, Tome II, Amsterdam, 1782, pp. 212-214
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26 mai 2009

Alexandre Dumas chez le bourreau de Paris

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On connait l'intérêt d'Alexandre Dumas pour l'univers du bourreau – fascination diront certains – qu'il a mis en scène dans une partie de son œuvre (Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, La Reine Margot, Le Comte de Monte-Cristo). On connait moins sa quête d'informations sur ce sujet qui, en diverses occasions, l'a amené à côtoyer d'authentiques exécuteurs. Dans ses Causeries (1) il raconte sa visite au bourreau de Paris, au début du règne de Louis-Philippe, à la recherche de renseignements historiques. Sur ses pas, c'est l'occasion pour nous de pénétrer chez les Sanson.

" Plusieurs historiens avaient raconté qu'au moment de monter à l'échafaud, Louis XVI s'était débattu entre les mains des aides. Cela me semblait tellement en opposition avec la couleur générale de sa mort, avec la résignation de son testament, que, ne m'en rapportant point à la lettre écrite, le surlendemain de l'exécution, par le père Sanson, à l'Assemblée nationale, je résolus, vers 1832 ou 1833, de me présenter chez l'exécuteur sous un prétexte quelconque, et de le questionner moi-même.
Le prétexte fut bientôt trouvé. Les exécuteurs ont toujours certains remèdes contre certaines maladies, sans compter le remède souverain qu'ils ont contre la vie. Aussi, en Allemagne, appelle-t-on généralement les bourreaux docteurs. – Il est vrai qu'en France, on appelle assez généralement les médecins bourreaux.
Sanson vendait de la pommade pour les rhumatismes. Cette pommade, selon la légende populaire, se fait avec de la graisse de mort.
Je me présentai chez M. Sanson (2) à huit heures du soir. Il demeurait rue des Marais, n° 71 (3).
Je demandai à parler à M. Sanson ; on me conduisit à lui.
Je savais que lui n'avait jamais exécuté ; seulement, il était présent, se tenait au pied de l'échafaud, tandis qu'un de ses quatre aides faisait la besogne.
Depuis 1820, son fils Clément-Henri (4) exécutait. La première exécution qu'il avait faite, c'était à Beauvais, chez son beau-frère, Charles-Constant Desmarets (5), mort aujourd'hui, et qui avait dans sa vie ce terrible souvenir d'avoir exécuté Georges Cadoudal et ses onze complices.
J'avoue que j'étais assez embarrassé pour entamer la négociation.

Le père Sanson, homme de soixante-trois ans, à peu près, à figure douce, mélancolique et vénérable me reçut debout et le sourire sur les lèvres.
Ce sourire voulait dire : "Vous êtes un curieux, je le vois bien ; que puis-je faire pour satisfaire votre curiosité ? "
Je pris mon prétexte.
— Monsieur, lui dis-je, un de mes parents est atteint de rhumatismes, et j'ai recours à vous. On lui a recommandé votre pommade comme étant souveraine ; je viens vous en demander un pot.
Sanson ouvrit une armoire, en tira un pot et me le donna.
— Combien? demandai-je.
— C'est selon : votre parent est-il pauvre ou riche ?
— Pourquoi cela ?
— S'il est pauvre, ce n'est rien ; s'il est riche, c'est ce que vous voudrez.
Je lui donnai dix francs.
— Est-ce tout ce que vous désirez? me demanda-t-il. A mon tour, je le regardai en souriant.
— Non, lui dis-je, je désirerais encore autre chose ; mais, cette autre chose, je n'ose pas vous la demander.
— Parlez.
— Franchement, vous me permettez, n'est-ce pas ?... Puis je ne suis pas tout le monde.
— Je ne vous demande pas qui vous êtes ; mais si vous voulez me dire votre nom...
— Je suis l'auteur d'Henri III, de Christine et d'Antony.
— Ah ! monsieur Dumas ! Quel dommage que mon fils ne soit pas là ; c'est un rude claqueur, allez ! il se ferait plutôt écharper que de manquer une de vos premières... Au reste, il est peut-être rentré ; attendez. Il ouvrit la porte et cria :
— Henri ! Henri !
Une voix répondit :
— Il n'est pas rentré.
— Ah ! par exemple, ce sera un désespoir... Enfin !... Eh bien, vous disiez que vous désiriez quelque chose, monsieur Dumas ?
— Vous savez combien les auteurs dramatiques ont besoin de renseignements précis, monsieur Sanson. Il se peut qu'il arrive un moment où j'aie à mettre Louis XVI en scène. Qu'y a-t-il de vrai dans la lutte qui s'engagea entre lui et les aides de votre père, au pied de l'échafaud ?
— Oh ! je puis vous le dire, monsieur, j'y étais.
— Je le sais, et c'est pour cela que je m'adresse à vous.
— Eh bien, voici : le roi avait été conduit à l'échafaud dans son propre carrosse et avait les mains libres.
Au pied de l'échafaud, on pensa qu'il fallait lui lier les mains, moins parce qu'on craignait qu'il ne se défendît que parce que, dans un mouvement involontaire, il pouvait entraver son supplice ou le rendre plus douloureux. Un des aides attendait donc avec une corde, tandis qu'un autre lui disait : " Il est nécessaire de vous lier les mains. " A cette proposition inattendue, à la vue inopinée de cette corde, Louis XVI eut un mouvement de répulsion involontaire. " Jamais ! s'écria-t-il, jamais ! " Et il repoussa l'homme qui tenait la corde. Les trois autres aides, croyant à une lutte, s'élancèrent vivement. De là le moment de confusion interprété à leur manière par les historiens. Alors, mon père s'approcha, et, du ton le plus respectueux : " Avec un mouchoir, sire " dit-il. A ce mot sire, qu'il, n'avait pas entendu depuis si longtemps, Louis XVI tressaillit ; et, comme au même moment son confesseur lui adressait quelques mots du carrosse : " Eh bien, soit ; encore cela, mon Dieu ! " dit-il. Et il tendit les mains.

— Est-ce que l'échafaud est toujours le même? Demandai-je à Sanson.
— Non, me dit-il, il a été renouvelé; mais la guillotine, l'ancienne, celle qui a servi à Louis XVI, à Marie-Antoinette, à madame Élisabeth et à la princesse de Lamballe est dans notre musée.
— Vous avez donc un musée? demandai-je.
— Oui, voulez-vous le voir ?
— Je crois bien !
— Venez, alors.
Il prit une bougie et marcha devant moi. Autant que je puis me le rappeler, après vingt-cinq ans, nous montâmes quelques marches et entrâmes, à droite, dans une espèce de galerie. Là, en effet, était le musée terrible. Au premier rang, appuyés contre la muraille, les deux portants rouges, et, entre eux, le couperet rouillé. Au pied des portants, la bascule démontée et les deux paniers : celui qui reçoit la tête, et celui qui reçoit le corps.
Après cette sombre relique venait, comme importance, l'épée qui avait décapité, Lally-Tollendal. M. Sanson, voyant ma curiosité, prit cette épée et me la mit entre les mains. C'était une longue rapière dont la lame avait près de quatre pieds de long ; sa forme était espagnole : sans doute la lame faisait partie de ces fers précieux que l'on trempait dans le Tage ; la garde, tout en fer, comme la poignée, était composée de quatre tiges de fer recourbées de manière à couvrir la main, tandis que la sous-garde, faite en manière d'écumoire, était perforée de petites étoiles dans la concavité desquelles s'engageait l'épée de l'adversaire.
Puis il y avait tout un arsenal de haches, de doloires, de tranche-têtes de toutes façons.
Je vis un peu tout cela, comme dans un songe, à la lueur d'une bougie dont la flamme tremblante faisait trembler les objets qu'elle éclairait. […]

Maintenant, comment cette guillotine — que j'ai vue démontée en 1833, dans le musée Sanson, à Paris, — comment cette guillotine se trouve-t-elle remontée, en 1857, dans le musée Tussaud, à Londres? Je vais vous expliquer cela. Comme nous l'avait dit son père, Clément-Henri Sanson était un grand coureur de spectacles et de bals. Il était à toutes les premières représentations ; il ne manquait pas un bal. Vous croyez qu'il en avait le droit. Point. M. de Paris n'a pas de droits; il n'a que des devoirs.
Nous avons dit que le père Sanson n'avait jamais exécuté et que le fils exécutait depuis 1820.
Pendant la nuit du mardi gras de l'an 1836, une exécution fut décidée. C'était celle de Fieschi.
Lorsqu'une exécution est décidée pour le lendemain, — que le pourvoi en cassation et le pourvoi en grâce sont rejetés, — le ministre de la justice envoie au procureur général l'ordre d'exécution : le parquet alors fait prévenir l'exécuteur en lui envoyant, par un garçon de bureau, l'ordre d'exécution; et un autre ordre pour que le directeur de la prison lui remette le condamné.
Le parquet prévient également l'aumônier de la prison, la gendarmerie et la police.
Il avait donc été décidé, dans la soirée du mardi gras, que Fieschi serait exécuté le lendemain.
A minuit, le garçon de bureau sonnait à la porte de la rue des Marais, n° 71.
Le père Sanson était à la campagne. Le fils n'était pas chez lui.
L'ordre était urgent; le lendemain, à sept heures du matin, Fieschi, Pépin et Moret devaient avoir cessé de vivre. Pas d'exécuteurs ! Les domestiques, troublés, disaient qu'ils ne croyaient pas que leur maître rentrât Ie lendemain avant sept ou huit heures du matin. Le garçon de bureau courut à la police. On prévint M. Canler, chef de la brigade de sûreté, que M. Sanson ne se trouvait pas.
Il s'agissait, quelque part qu'il fût, de retrouver M. Sanson. Canler se rendit à la maison de la rue des Marais, interrogea les domestiques, mais il n'en tira rien. Il eut une illumination. Il connaissait un bal où, selon lui, M. Sanson devait être. C'était un bal masqué, — un bal; rien que de Turcs. On se rendit au bal, on garda les issues, et on entra dans la salle, où l'on fit démasquer tous les danseurs. Canler ne s'était pas trompé. M. de Paris fut prévenu à temps ; Fieschi, Pépin et Moret furent exécutés à l'heure dite ; mais il n'y en eut pas moins un mauvais rapport adressé à qui de droit sur M. de Paris.
Deux ou trois faits du même genre s'étant succédé, Clément-Henri Sanson fut forcé de donner sa démission en février 1847 (6).
Il n'avait d'autre fortune que sa place, les meubles de sa maison et les curiosités de son musée.
Les épées, — celle qui avait tranché la tête de Lally-Tollendal surtout, — les haches, les coutelas se vendirent facilement. Mais la guillotine n'était pas d'un placement commode on la fit offrir au musée d'artillerie. Le directeur la refusa. Enfin, Sanson la proposa à madame Tussaud, qui ne fit pas la petite bouche, sauta dessus, et la racheta le prix que le grand-père Sanson l'avait rachetée lui même après l'exécution de Marie-Antoinette : cinq mille cinq cents francs. "

(1) Alexandre Dumas, Causeries, deuxième série, Paris, M. Lévy frères, 1860, pp. 129-139.
(2) Henry Sanson (1767-1840) exécuteur de Paris de 1795 à 1840.
(3) Il habitait en réalité 31bis rue des Marais (aujourd'hui à hauteur du 52 rue de Lancry à Paris 10e), C'était une petite rue qui reliait les rues du Faubourg-du-Temple et du Faubourg-Saint-Martin. A cette adresse, les Sanson n’étaient plus que locataires, ayant dû vendre leur maison en 1825. Elle fut démolie en mars 1865 lors du percement du boulevard Magenta.
(4) Henry-Clément Sanson (1799-1889) a succédé à son père en 1840 mais, dès 1819, le remplaçait occasionnellement puis, à partir de 1837, effectuait une grande partie du travail.
(5) Charles-Henri-Constant Desmorest exécuteur de Beauvais vers 1813-1849. Il était marié à Marie-Marguerite Lebébure, sœur de Virginie-Emilie, l’épouse d’Henry-Clément Sanson.
(6) Henry-Clément Sanson est surtout connu pour ses goûts originaux et sa vie dispendieuse. Passionné par le jeu autant que par le spectacle, il avait contracté de nombreuses dettes. Ses créanciers le firent arrêter et, pour pouvoir recouvrir la liberté, non seulement il dut vendre ses biens mais laissa en gage la guillotine. Le ministère de la justice en fut informé. Il paya les dettes de Sanson, récupéra la machine, et le révoqua le 18 mars 1847. Il est décédé à Versailles en 1889.
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16 mai 2009

Réhabilitation d’un maître des hautes et basses oeuvres


Pendant des siècles, dans toute la France mais aussi à l’étranger, les bourreaux ont entretenu d’étranges rapports avec la médecine. Leur métier de tortionnaire leur ayant permis, à l’évidence, d’acquérir de bonnes connaissances anatomiques. On les considérait comme d’adroits rebouteurs, de même qu’on leur prêtait souvent des talents de guérisseurs. Ils médicamentaient, ils saignaient, ils opéraient les malades. Leur fameuse « graisse de pendu » était recherchée avec empressement et ils excellaient, disait-on, à extirper les cancers des femmes à l'égal de ceux de la société. Ils passaient encore pour très habiles à cicatriser les plaies ainsi qu'à soigner les ulcères les plus dégoûtants. Cet empiètement du bourreau sur les attributions d'Esculape donnait régulièrement lieu à des protestations des médecins, des apothicaires et des chirurgiens, peu flattés de la concurrence.

Martin Castagnier ou Castagniére, installé en Champagne puis en Lorraine au début du XVIIIème siècle, est un exemple de ces bourreaux médecins. Né à Châlons-en-Champagne le 23 février 1679, où son père – Jean – était exécuteur, il se marie à Vitry-le-François, le 29 juin 1701, avec Claudine Saffret, fille de Jean Saffret, bourreau de Vitry. Après avoir exercé l’office de maître des hautes et basses œuvres en Champagne il est appelé, entre 1708 et 1733, à remplir les mêmes fonctions dans la capitale du Barrois (1). Durant le cours de son ministère, il s'était adonné à l'étude de l'anatomie et avait acquis des connaissances qui lui permettaient de guérir promptement les luxations, fractures « et autres accidents ». Les chirurgiens, auxquels il faisait une concurrence redoutable, le poursuivant de leurs vexations, il se vit obligé de renoncer à son office pour se vouer entièrement au soulagement des blessés. Mais, afin de ne leur inspirer aucune répugnance et se laver de la tache que ses fonctions lui avaient imprimée, il crut devoir solliciter des lettres de réhabilitation qui devaient effacer toute trace de flétrissure sur lui et ses descendants. Il fut fait droit à cette requête, en considération des services qu'il avait rendus et était encore appelé à rendre, et il put prendre rang dans la société sans qu'il fut permis à personne de lui rappeler son passé, ni de lui en adresser un reproche. C'est ce qui est consigné dans les lettres patentes que nous publions intégralement ci-dessous (2) :

« François, par la grâce de Dieu, duc de Lorraine, de Bar, de Montferrat et de Teschen, roy de Jérusalem, duc de Calabre et de Gueldres, marquis de Pont à Mousson et de Nomeny, comte de Provence, Vaudemont, Blamont, Zutphend, Sarwerden, Salm, Falckenstein, prince souverain d'Arches et de Charleville, etc., à tous présens et à venir, Salut. Nous avons reçu la très humble suplication faite de la part de Martin Castagnié, cy devant maitre des hautes et basses oeuvres de Bar, contenant qu'ayant acquis, par son étude et son application et une infinité de discétions anatomiques, qu'il a fait, tant en France qu'en Lorraine, depuis trente deux ans, une connoissance parfaitte de toutes les parties du corps humain et la manière de guérir promptement les luxations, fractures et autres accidents, en quoy il auroit parfaitement réussi toutes fois qu'il a été appellé par les blessés et malades, suivant les certifficats en grand nombre qu'il a produit et l'acte de notoriété qui luy en a été donné par les officiers de l'hôtel de ville de Bar, qui justifient pleinement son sçavoir et son expérience, qui luy ont attiré la confiance du publique, qui l'emploie préférablement aux chirurgiens de ladite ville et de la campagne, qui n'ont cessé de le chagriner et de le poursuivre pour l'empêcher de prêter ses secours à ceux qui l'appelloient ; ce qui l'auroit obligé de quitter ses fonctions de maître des hautes et basses ouvres, qu'il aurait remis entre les mains de Jean Renne (3), son gendre, qui les fait à présent, pour s’attacher entièrement au soulagement des blessés, sy notre bon plaisir étoit de lui permettre de continuer à les secourir, et pour faire avec plus de liberté de sa part et moins de répugnance du côté desdits blessés, de luy accorder nos lettres de réhabili­tation sur ce nécessaies. A quoy inclinant favorablement, en faveur de sa réputation et expérience, de la confiance que le publique a en luy, des secours réels qu'il donne aux pauvres, et pour l'engager à les continuer comme il a fait jusqu'a présent, après avoir fait voir le grand nombre d'attestations et de certifficats des cures extraordinaires qu'il a fait, et eu sur ce l'avis des gens de notre Conseil, Nous, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité souveraine, avons ledit Martin Castaignié, ensemble ses enfants nés et à naître en légitime mariage, relevé et réhabilité, relevons et réhabilitons par ces présentes de l'état vil dans lequel il étoit tombé pour avoir exercé les hautes et basses oeuvres ; deffendons très expressément à tous nos sujets, de quelle qualité et condition ils soient, de leur en faire à l'avenir aucuns reproches; voulons, au contraire, qu'ils soient admis et recéus dans les corps de métiers où ils voudront entrer et dans les communautés où ils voudront résider, ainsy que nos autres sujets, et sans en pouvoir être rejettés, en s'abstenant dès à présent de touttes fonctions dedittes hautes et basses oeuvres ; et, pour ne point priver nos sujets des secours qu'ils ont receus dudit Martin Castagnié dans leurs pressants besoins, nous luy avons permis et permettons de continuer, dans nos Etats, à faire les fonctions de ramboiteur seulement, avec aussi deffenses à tous chirurgiens et autres de l'en empêcher. et ce nonobstant tous édits, arrêts et règlements faisants au contraire, auxquels nous avons, pour ce regard seulement, dérogé et dérogeons par ces présentes, sans tirer à conséquence en autres cas. Sy mandons à nos amez et féaux les bailly, lieutenant général, conseillers et gens tenans notre Bailliage de Bar, prévôt, chef de police, conseillers et gens tenans l'hôtel de ville dudit Bar, et à tous autres qu'il apartiendra, que du contenu aux présentes ils fassent ledit Castaigné jouir sans aucun trouble ou empêchement, car ainsy nous plaît. En foy de quoy aux présentes, signées de la main de notre très chère et très honnorée raine et mère, régente de nos Etats, et contresignées par l'un de nos conseillers et secrétaires d'Etat, commandemens et finances, a été mis et appendu notre grand scel. Donné à Lunéville, le deux juillet 1733. Signé : Elizabeth Charlotte. »

(1) Martin Castagniére est décédé à Bar-le-Duc (paroisse Notre-Dame) le 4 mai 1758, âgé de près de 80 ans. En 1739, il était logé aux frais du domaine dans une maison de la rue de Veel adossée au versant de la côte du Friteu.
(2) Archives de Meurthe-et-Moselle, B 175 f°59v°
(3) Jean-Conrad Reine marié en 1731 avec Catherine Castagniére.


Jourdan