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23 juin 2009

Le bourreau de Versailles en 1821


Nous ne quittons pas Versailles sans publier un document particulièrement critique sur Germain Benoit, éphémère exécuteur de 1819 à 1821. Il fut destitué et remplacé par Laurent Reine.

"Police de Versailles

Rapport particulier du 2 [novem]bre 1821

Monsieur le Maire, J'ai l'honneur de vous prévenir qu'après en avoir communiqué avec M. le Procureur du Roi, j'ai fait citer au Tribunal de police le n[omm]é Benoit, exécuteur des jugements criminels, pour avoir laissé pendant qu'il était à se gorger lui et ses acolytes dans un cabaret voisin, l'échafaud et tous ses accessoires sur la voye (sic) publique deux heures après l'exécution, et d'avoir négligé de faire disparaître le sang répandu sur le pavé (1).
Cet exécuteur tient la plus infâme conduite, ivrogne fieffé, audacieux, criblé de dettes, j'ai été souvent dans le cas de le tancer vigoureusement, mais toujours sans succès; c'est un homme vautré dans la fange, qui se targue et tire vanité de la condition dans laquelle il se trouve placé; dans toutes les exécutions, il affecte une gaieté qui soulève l'indignation du public. Mardi dernier, pour conduire le cadavre du patient au cimetière, lui et ses valets se sont assis en ricanant sur le coffre placé sur la voiture où ce cadavre était renfermé ainsi que des cannibales autour de leurs victimes. La cupidité de cet exécuteur lui fait commettre des actes inouïs, il s'est persuadé que toutes les hardes d'un malheureux patient lui appartenaient; ainsi, lorsqu'il est appellé (sic) à la prison pour s'en saisir, il a soin de visiter tous ses vêtements, notamment la chemise, car si elle lui paraît de quelque valeur et pour n'être point obligé de la fendre par derrière, il la lui ôte impitoyablement de dessus le corps, sans même avoir égard à la saison, en fait une ceinture au patient, afin de l'emporter après l'exécution avec plus de facilité.
Avant de terminer ce rapport, je dois vous citer un trait, qui sans doute excitera toute votre indignation, qu'on ne saurait même croire s'il n'avait été public. J'ai dit que cet exécuteur faisait parade de ses fonctions et qu'il affectait la plus froide insensibilité; pour en donner la preuve, comme c'est un jour de bombance chaque exécution pour lui et ses valets, il imagina de faire cuire au four une tête de veau pour s'en régaler et cette tête fut apportée publiquement au cabaret du Sr Theon, place de la Mairie. (2)

Le Com[missaire] de police,
Ville"

(1) A propos de l'exécution de Jean-Guillaume Fouin, garde-champêtre, guillotiné à Versailles le 30 octobre 1821, à midi.
(2) Albert Terrade, Les bois de justice à Versailles, Versailles Illustré n°92, novembre 1903, pp. 94-95.
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22 juin 2009

Les jugements de la Prévôté de l'Hôtel


Pour compléter notre article précédent, voici quelques précisions sur la Prévôté de l'Hôtel du Roi. Cette juridiction était chargée de la surveillance des maisons et des jardins royaux. Elle avait à sa tête le prévôt de l'Hôtel du roi ou grand prévôt (les deux charges ont fusionné en 1578), qui était chargé de la sécurité et de la police de la Cour. Il était assisté, pour la police, d'une compagnie militaire, les gardes de la prévôté de l'Hôtel et, pour les affaires judiciaires, de maîtres des requêtes de l'hôtel, de deux lieutenants généraux, d'un procureur du roi, d'un greffier en chef, de notaires, d'huissiers et de procureurs. Cette institution disposait de deux sièges, l'un à Paris, au Louvre, et l'autre à Versailles. Le bourreau de Versailles était aussi l'exécuteur de la prévôté.
En parcourant les archives, on peut mesurer combien les jugements de la Prévôté de l'Hôtel, qui étaient sans appel, étaient d'une grande sévérité à l'égard de tous délits commis au château de Versailles. Quelques exemples :
28 novembre 1752 : Jugement souverain rendu en la Prévôté de l'Hôtel du Roi qui condamne Jean-Baptiste Guillot, compagnon maçon, et Jacques Dubuisson, manœuvre, à être pendus dans la principale place du marché de Versailles pour avoir volé du plomb dans le parc de Sa Majesté. Les deux condamnés ont été exécutés le 2 décembre 1752; (1)
5 décembre 1752 : Jugement de la même juridiction qui condamne Jacques Chatelar, frotteur, à être pendu dans la principale place du marché de la ville de Versailles pour avoir fait différents vols dans le château de Sa Majesté à Versailles. Le condamné a été exécuté le 7 décembre 1752. (2)
5 décembre 1752 : Jugement de la même juridiction qui condamne Antoine Chersat dit lechat, chaudronnier, et Marguerite Chenu, sa femme, à être pendus et étranglés dans la principale place du marché de Versailles pour avoir recelé et acheté les plombs volés dans le parc de Sa Majesté à Versailles. Les condamnés ont été exécutés le 9 décembre 1752. (3)
Cinq exécutions en une semaine, le bourreau de Versailles était loin d'être inactif.
2 mars 1757 : Jugement de la même juridiction qui condamne Pierre Viervalle dit Lapierre, domestique, à être pendu dans la principale place du marché de Versailles pour avoir fait différents vols dans la garde-robe du roi à Versailles. Le condamné a été exécuté le 2 mars 1757. (4)

(1) Archives Nationales, AD III 8, pièce 55.
(2) idem, pièce 56.
(3) idem, pièce 57.
(4) idem, pièce 231.


21 juin 2009

Emotion d'échafaud à Versailles en 1789


Pendant toute la seconde moitié du XVIIIème siècle plusieurs Sanson ont été titulaires de l’office de bourreau de Versailles et de la prévôté de l’Hôtel du Roi. Nicolas-Charles-Gabriel, fils de l’exécuteur de Paris, occupa ces fonctions de 1749 à 1778, après lui Charles-Henri, son neveu, de 1778 à 1788, puis Louis-Cyr-Charlemagne, un autre de ces neveux demi frère du précédent, de 1788 à 1794. Pendant la révolution, ce dernier inaugura l’une des premières machines à décapiter fabriquées en France. Il eut aussi à affronter une émotion d’échafaud, comme il s’en produisit plusieurs au début des troubles révolutionnaires.
Le 26 juillet 1789, un sieur Wagner, épicier au coin de la rue Saint-Médéric, à Versailles, fut frappé d’un coup de couteau par son fils et en mourut le lendemain. Le meurtrier, ouvrier serrurier, fut arrêté très rapidement et jugé le 4 août par la prévôté de l’Hôtel du Roi. On sait comment pouvait parfois être expéditive cette juridiction, chargée de tous les crimes et délits commis dans les résidences royales. D’autant qu’au criminel, ses jugements étaient sans appel. Wagner fils fut condamné « à faire amende honorable devant l’église Notre-Dame, avec un écriteau portant le mot "parricide" ; puis à être conduit à la place du marché de Versailles pour y être rompu vif, mis ensuite sur la roue, puis son corps brûlé et ses cendres jetées au vent. »
Le 11 août, le condamné fut amené dans l’enclos de la geôle de la chambre criminelle de la prévôté où il entendit la lecture de son jugement. Après s’être confessé il fut remis aux mains de l’exécuteur. Dehors, on le fit grimper dans un tombereau qui le conduisit d’abord à l’église Notre-Dame. Là, selon un cérémonial très précis, en chemise, la corde au cou, il fit amende honorable. Ce jour là, à cause de l’affluence excessive qu’on prévoyait sur l’esplanade du marché, lieu habituel des exécutions, et « qu’il y avait quelque danger de feu », on avait dressé l’échafaud sur la place du grand Montreuil. Arrivé au lieu du supplice, Wagner descendit de la charrette et monta sur la plateforme pour y subir sa peine. Il n’était pas encore lié sur la croix de Saint-André qu’un immense mouvement de révolte se produisit parmi la foule. Des centaines de voix crièrent : « grâce ! grâce ! » Presque aussitôt la garde fut bousculée, le bourreau chassé et le condamné délivré. Il disparut dans la mêlée. Les émeutiers firent un grand feu de joie en brûlant sur place l’échafaud et le tombereau de l’exécuteur. On ne retrouva jamais l’évadé. Cette émotion d’échafaud, loin d’être spontanée, avait été préparée et dirigée, paraît-il, par la corporation des ouvriers serruriers, fort importante dans la ville. (1)
A peu de distance de là, au château de Versailles, la monarchie française vivait ses derniers jours.

(1) M. Jeandel, La justice à Versailles, Mémoires de la Société des sciences morales des lettres et des arts de Seine-et-Oise, Versailles, 1861, p. cxv.