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23 mai 2009

Marguerite Le Paistour, bourreau de Lyon

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Voici deux documents relatifs à Marguerite Le Paistour, la célèbre femme bourreau de Lyon (1). Le premier est un factum conservé à la Bibliothèque Nationale, imprimé en février 1749, c’est-à dire peu de temps après son arrestation. Selon cette lettre, contrairement aux informations de la principale source de cette affaire (1), " Monsieur Henry " n’aurait pas été dénoncé par sa domestique mais arrêté comme receleur d’une bande de voleurs. Elle avait prévu de s’enfuir pour Grenoble le 17 janvier 1749. On y apprend aussi que durant les 27 mois où elle a été en poste à Lyon, elle aurait procédé seulement à trois exécutions. Le second document est une copie intégrale de son acte de mariage que nous avons trouvé dans les registres de la paroisse Sainte-Croix de Lyon.
Un an après, elle était revenue à Cancale, sa ville natale, où elle mit au monde une fille prénommée Marguerite-Marie-Jacquemine, née le 14 septembre 1750 et baptisée le lendemain. On perd ensuite sa trace….

« Extrait d’une lettre écrite de Lyon le 20 janvier 1749 au sujet de l’exécuteur de la Haute-Justice de cette ville, lequel a été reconnu pour femme travestie, & arrêté pour cause de vol.
Monsieur,
On arrêta le 17, du présent mois, plusieurs voleurs aux environs de cette ville, dont les dépositions ont chargé l’exécuteur de la Haute-Justice, et l’ont déclaré recelleur de leurs vols.
[On l’arrêta et on trouva chez lui des effets de toute espèce et de grand prix]
On a reconnu ensuite par la recherche qu’on a faite sur sa personne, que ledit exécuteur étoit une femme travestie en homme, qui depuis un tems considérable exerce les fonctions de cet emploi.
Elle devait se sauver la nuit du 17 au 18 à Grenoble, ainsi qu’il résulte de ses dépositions. Cette affaire, par sa singularité est aujourd’hui l’objet de toutes les conversations de la province, d’autant plus que la confiance de cette femme étonne tous ceux qui vont la voir en prison. Comme elle a déjà exécuté à mort trois hommes avec beaucoup d’habileté, elle se flatte d’obtenir sa grace par égard pour ses talents sur cet article, non seulement pour elle, mais encore pour une autre créature qui a toujours passée pour sa femme. »

Acte de mariage de Marguerite Le Paistour :
« Noël Roche, du lieu de Monthieu, de ce diocèse, fils de deffunts Pierre Roche, habitant de Curys au montdor, et de Benoite Pilliard, son épouse, valet, demeurant à présent depuis un ou deux mois rue Bombardes, époux à venir, d’une part, et Marguerite Julienne Lepaistour fille de deffunts Guillaume Lepaistour et Marguerite Girard, son épouse, habitants de la ville et paroisse de Cancale, diocèse de St Malo, en Bretagne, demeurant environ depuis trois années en cette ville, d’autre part; tous deux majeurs ainsy qu’il est estably par leurs extraits de baptême en bonne forme, et libres, leurs pères et mères étant décédés conformément aux acte mortuaires produits par l’époux, et aux certifficats qu’en a raporté lépouse du Sr curé de Cancale don elle est originaire, en conséquence du contrat reçu Beraud notaire royal de cette ville en datte du vingt-cinq octobre dernier, après avoir publiés trois fois dans cette église paroissiale sans avoir découvert aucun empechement. Vu la dispense de domicile et l’attestation de liberté des dites parties en datte du vingt-quatre du présent mois de novembre signé Nic. Eppes Cyd. Suffr…. ont reçu la bénediction nuptiale et contracté mariage par paroles de présent en une chapelle dépendante de l’église paroissiale de Ste Croix le vingt-six novembre mil-sept-cent-quarante-neuf par nous custode vicaire général du diocèse soussigné, en présence de Srs Pierre Janpierre, maître chapelier demeurant grande rue de lhopital, Gabriel Bernoud, marchand épicier à la poullaillerie de St Nisier, Gilbert Dumont, maître fabriquant place des cordeliers, Renaud Desnoyers, notaire royal à Charlieu, qui ont signé avec nous et non l’époux et l’épouse pour ne sçavoir de ce enquis.
Bernoud, Gilbert Dumont, JeanPierre, Morel, Desnoyers, Delaforest custode vicaire gal »


(1) voir article publié le 10 mai.
(2) Mémoires historiques sur différents sujets tirés de l’histoire ecclésiastique et de l’histoire profane, par le père Jean-Baptiste Richard, 7 volumes, 1739-1770.

10 mai 2009

Femmes bourreaux


On pourrait citer de nombreux exemples de femmes de bourreaux qui ont assisté leurs maris dans l’exercice de leurs hautes œuvres. Surtout sous l’ancien régime.

En 1625, le bourreau de Dijon nommé Simon Grandjean avait été chargé d’exécuter Hélène Gillet, une jeune aristocrate de vingt-deux ans condamnée à mort pour infanticide par le présidial de Bourg puis par le parlement de Dijon. Le jour dit, une foule immense se pressait sur la place du Morimont. Comme la condamnée était noble, la tradition imposait qu’elle soit décapitée à l’épée. L’un des exercices les plus difficiles pour un bourreau. Evidemment, Simon Grandjean manqua la malheureuse. Sous les huées du public il tenta d’achever la décapitation en portant plusieurs coups successifs à la jeune femme, ne réussissant qu’à la blesser. Paniqué par la foule en colère, il lâcha son épée et couru se réfugier dans une petite chapelle qui se trouvait au pied de l’échafaud. C’est alors que son épouse (qui appartenait à une grande famille d’exécuteurs : les Chrétien) se présenta pour achever la besogne. D’abord, elle tenta d’étrangler Hélène Gillet avec la corde qui la liait. Sans succès. Puis, elle la tira jusqu’aux marches de l’échafaud. Là, malgré les pierres que les spectateurs commençaient à lui lancer, elle s’arma d’une énorme paire de ciseaux qu’elle avait apportée pour couper la chevelure de la suppliciée. Elle échoua dans sa tentative de lui trancher la gorge, ne parvenant qu’à la blesser un peu plus en lui plantant les ciseaux en divers endroits. C’était trop pour la foule qui se déchaîna contre l’exécuteur et son épouse : ils furent lapidés à mort. On parvint à sauver la condamnée qui, finalement, obtint des lettres de grâce de Louis XIII. Elle termina sa vie dans un couvent de Bourg.

En 1793, à Uzerche, on utilisait pour la première fois la guillotine. Le condamné, nommé Piarrissou, était gros et gras. Comme la machine était mal montée, la lame ne fit qu’entamer la nuque. Par trois fois, on remonta le couteau sans parvenir à le décapiter. Le sang giclait partout. Complètement désemparé l’exécuteur abandonna l’opération et choisit de s’enfuir. A la surprise générale, on vit alors paraître sa femme qui lui servait d’aide. Elle sortit un couteau de boucher qu’elle avait apporté «à tout hasard » et, en moins d’une minute, scia la tête du supplicié.

A Bruxelles, en 1840, un assassin avait été condamné à mort. Or, il n’existait aucun exécuteur dans cette ville. On fit appel à celui de Liège, nommé François Hamel. Mais c’était un homme faible et malade, âgé de soixante-quinze ans, qui n’avait plus exercé depuis bien longtemps. Le bourreau de Liège, inquiet à l’idée de perdre peut-être ses gages, décida d’envoyer son épouse. Agée de quarante ans, celle-ci se nommait Charlotte Reine et descendait d’une grande famille de bourreaux de l’Est de la France. Hamel lui expliqua les gestes qu’il fallait accomplir et l’envoya se présenter à sa place, à Bruxelles. Le procureur du roi fut très surpris de voir cette femme, pleine d’assurance, qui se déclarait prête à exécuter le condamné. On en référa au ministre de la justice et l’offre fut déclinée. Finalement, l’assassin obtint sa grâce et la bourrelle fut priée de rentrer chez elle. Hamel fut mis à la retraite en janvier 1843 et mourut en 1846, âgé de 80 ans. Sa femme lui survécut jusqu’en 1883.

Enfin, je n’évoque que pour mémoire le cas de Marguerite-Julienne Le Paistour (née à Cancale le 2 août 1720) sur laquelle j’ai trouvé des documents inédits. J’en parlerai, plus en détails, dans un prochain message. Cette jeune femme avait décidé de quitter sa famille et de mener une vie aventureuse sous des habits d’homme, se faisant appeler Henri. Après plusieurs années passées dans les armées, le hasard lui fit rencontrer un bourreau qui l’engagea comme aide. Pensant naturellement qu’il s’agissait d’un homme. C’est ainsi que « Monsieur Henri » devint l’aide du bourreau de Strasbourg puis de celui de Montpellier. Finalement, Marguerite/Henri fut nommée bourreau de Lyon, en novembre 1746. Après avoir exercé pendant plusieurs mois ce difficile office, elle finit par être impliquée comme complice d’une bande de voleurs. Emprisonnée plusieurs mois, elle fut relâchée lorsqu’elle épousa, le 26 novembre 1749, un valet du nom de Noël Roche.

Jourdan