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30 décembre 2009

Les bourreaux de Verdun au XVIIème siècle (3)

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En complément à notre article précédent, l’écrivain lorrain Alain Fisnot a eu l’amabilité de nous communiquer un document intéressant, dont nous ignorions l’existence, qui pourrait avoir un rapport avec la mort brutale de Claude Miraucourt, le bourreau de Verdun.
Il s’agit d’un acte passé le 6 novembre 1707, par devant Mangin, notaire à Verdun (1). Soit seulement quatre mois avant le décès par empoisonnement de l’exécuteur et de sa femme. A cette date, Claude Miraucourt, exécuteur des sentences criminelles du bailliage de Verdun, et Françoise du Carle, son épouse, passent un traité avec Pierre Etienne, leur gendre, bourgeois de Verdun, et Louise Miraucourt, sa femme. En préambule, le notaire note : « C’est assavoir que lesdits Miraucourt et sa femme se trouvant incommodés journellement et hors d’estat de pouvoir travailler comme cy devant, pour cette cause ils se sont déportés de la place d’exécuteur des sentences criminelles de cette ville et banlieue et de mesme que ledit Claude Miraucourt en jouit présentement. Et ce pour et au profit dudit Pierre Etienne et sa femme pour en faire l’exercice au lieu et place dudit Claude Miraucourt pendant sa vie et celle de ladite Françoise du Carle. » Moyennant quoi tous les profits de cette charge entreront en communauté et seront employés « à la nourriture, entretien et nécessité » de chacun des deux ménages, lesquels résideront ensemble au domicile de Claude Miraucourt. Les revenus de l’exécuteur provenant, d’une part, du « blanchissage, vuidange et nectoyage des hauts et bas greniers et tout ce qui en despend » et, d’autre part, de trois-cents livres de gages annuels. Si, au terme de chaque année, il subsiste un reliquat des dépenses courantes, il sera partagé à égalité entre les deux familles. Il est stipulé que Pierre Etienne et sa femme ne pourront vendre ni « autrement disposer de ladite place » qu’après le décès de Claude Miraucourt et sa femme. Par ailleurs, si ce dernier venait à décéder pendant le cours de ce traité, il laissera un acte de démission en faveur dudit Etienne et non d’un autre. Lequel office appartiendra en totalité à Pierre Etienne aussitôt le décès de Françoise du Carle. Enfin, le document prévoit que les deux enfants mineurs de défunt Claude Miraucourt (2), ancien bourreau de Toul, seront également nourris, élevés et entretenus sur le budget commun, auquel ils contribueront par une pension annuelle.

Nous avons vu que les époux Miraucourt furent retrouvés empoisonnés le 28 février 1708. Le document qui précède confirme, à l’évidence, que le principal bénéficiaire de leur disparition était Pierre Etienne, leur gendre. Quant à conclure qu’il est l’auteur de l’assassinat de ses beaux-parents, nous n’en avons aucune preuve. Pas plus que la justice de cette époque qui, semble-t-il, n’entama aucunes poursuites contre lui.

Pierre Etienne devint donc bourreau de Verdun. Curieusement, cinq mois après le décès de ses parents, Louise Miraucourt - sa femme – s’éteignit à son tour le 28 juillet 1708. Seulement trois mois plus tard, Etienne se remaria à Metz, le 30 octobre 1708, avec Marie-Elisabeth Roch, fille d’Henry Roch, bourreau de Metz. Après le décès de cette dernière, il convola en troisième noces, en 1731, avec Marguerite Desmoret, fille de Nicolas, bourreau de Châlons. Puis, en 1746, quatre mois après la mort de celle-ci, il se rendit à Rouen pour y épouser Marie-Gabrielle Le Vavasseur, fille de Martin, bourreau de cette ville. Enfin, le 1er juillet 1749, à Verdun, il se maria une cinquième fois. Sa nouvelle épouse se nommait Marguerite Wolff. Elle était fille d’un bourreau allemand et veuve de Jean-Pierre Dalembourg, bourreau de Thionville. L’exécuteur de Verdun mourut dans ses fonctions le 21 juin 1750, âgé de 64 ans. Au moins quinze enfants naquirent de ses cinq mariages.

Bourreau des coeurs, bourreau tout court, Pierre Etienne n’a-t-il utilisé ses talents que dans le cadre de sa profession ? Un jour, peut-être, les archives nous livreront de nouvelles révélations à son sujet.

(1) Archives départementales de la Meuse, 12E165.
(2) Ce Claude Miraucourt, fils de Claude Miraucourt et de Françoise du Carle, fut bourreau de Toul de 1692 à 1706. Il mourut en 1706 laissant une fille, Nicole (née en 1692) et un fils, Pierre (né en 1700). 



23 décembre 2009

Les bourreaux de Verdun au XVIIème siècle (2)


Suppléant de Didier puis de Jean Martin, dès janvier 1630, Jean Miraucourt s’impose très vite comme le véritable exécuteur de Verdun. En mars 1631, le receveur de la ville lui verse les 10 francs qu’on lui a accordés, annuellement, pour son logement. Vers 1636 ou 1637, au départ définitif de Jean Martin, il devient le seul et unique maître des hautes œuvres de la cité. A cette époque, il perçoit 22 francs comme salaire annuel. Entre 1640 et 1651, ses rémunérations restent constantes, soit 10 francs pour son logement et 40 francs pour ses gages (1).
Jean Miraucourt et son épouse, Jeanne Gossin, se sont installés dans la paroisse Saint-Pierre-le-Chéri. C’est là que naissent, entre 1639 et 1641, leurs sept enfants. Ils reçoivent une certaine éducation. On note que le plus jeune, Claude, et sa soeur Jeanne, savent parfaitement signer.
Dès le début des années 1660, Jean Miraucourt s’est adjoint les services de son gendre, Nicolas Blin dit la boule.
Le 15 décembre 1668, les administrateurs de la ville sont alertés que « Jean Miraucourt, maître des hautes œuvres, s’ingère de prendre part de toutes les denrées qui se vendent et débitent en cette ville, quoy que son devancier n’avoit qu’accoustumé de prendre que de chacun panier de boeure, œufs, fromage et fruicts, 3 deniers tournois et ne prenoit aucune chose des vins, foins, charbon, bois et autres vivres et denrées, laquelle augmentation il a faite sans permission au scandale et à l’intérêt du publicq » (2). Le procureur syndic est chargé de s’en informer.

Devenu âgé et hors d’état de poursuivre ses fonctions, Jean Miraucourt démissionne en faveur de son fils Claude, qui est nommé à sa place le 21 août 1677. La ville en profite pour remplacer son droit de havage par un salaire et pour préciser ce qui lui est permis : « Lui ont donné pour tous gages la somme de 300 livres par an, laquelle lui sera payée d’avance par quartiers, à charge qu’il ne lèvera aucune chose sur les bourgeois et habitans de cette ville et faubourg, ni même les forains qui viendront vendre des denrées, ni même quand il fera justice. Outre plus lui avons accordé le blanchissage des bêtes en ville, faubourg et banlieue, à condition qu’il sera obligé d’enterrer toutes sortes de bêtes mortes et entrailles d’icelles partout où il s’en trouvera dans la ville, faubourg et banlieue. Ne pourra prendre ou exiger pour écorcher plus grande somme que celle de six sols pour chacune grande bête, savoir chevaux, bœufs et vaches, et 4 pour les moyennes, savoir porcs, brebis et veaux » (3).

Né en 1641, Claude Miraucourt a appris le métier auprès de son père, à Verdun. Mais c’est à Toul où il épouse en 1665 Françoise du Carle, fille de Humbert, maître des hautes et basses œuvres de cette ville, qu’il débute sa carrière. Pendant douze ans il y sera bourreau avant de revenir à Verdun en 1677.
En 1688, Claude marie sa fille Catherine avec Jean-Jacques Bourgard, descendant d’une vieille famille d’exécuteurs allemands. En 1705, Louise, sa benjamine, épouse Pierre Etienne, âgé de dix-huit ans et originaire de Naix-en-Barrois, qui lui succèdera comme bourreau de Verdun. Enfin, en 1706, sa troisième fille prénommée aussi Catherine épouse Jean François, originaire de Metz, qui deviendra maître des hautes œuvres de Damvillers.

Après la disparition de son père Jean, décédé le 9 septembre 1692, Claude Miraucourt prend la précaution de se pourvoir de nouvelles lettres de provisions données à Versailles le 6 février 1693.

Le 28 février 1708, vers sept heures du matin, le procureur de Verdun est informé par Pierre Etienne, gendre du bourreau, du décès de ses beaux parents dans des circonstances mystérieuses. Etienne lui raconte qu’ayant passé la nuit dans un grenier de la maison de Claude Miraucourt, exécuteur des hautes et basses œuvres, à son réveil il l’a trouvé mort sur son lit, dans une chambre basse donnant sur le jardin. La femme du défunt, Françoise du Carle, également décédée, gisait sur un matelas près de la cheminée. Seule Jeanne Duval, leur nièce, qui avait dormi dans la même pièce, était encore en vie.
Aussitôt, Monsieur de Watronville, assesseur civil et criminel de bailliage de Verdun, accompagné de son greffier, d’un médecin, de deux chirurgiens et de deux huissiers, se rendent sur les lieux. Claude Miraucourt est étendu sur son côté gauche et son épouse a le visage tourné vers le ciel. Les corps sont transportés dans la cour de la maison pour y être examinés. Ils sont tous deux de bonnes constitutions. L’homme présente cependant une tension non naturelle au bas-ventre et du sang s’échappe de son nez. La femme, quant à elle, arbore des lividités rougeâtres sur différentes parties de son corps. Les médecins procèdent ensuite à l’ouverture des cadavres : « Après avoir fait l'ouverture des trois ventres, à savoir du cerveau, de la poitrine et du ventre inférieur, ils ont trouvé le dit cerveau et la dite poitrine des deux cadavres, après en avoir fait la dissection dans les positions naturelles à la différence seulement que les poumons étaient un peu noircis et a l'égard du ventre inférieur, ils ont reconnu que la membrane interne des deux estomacs était inflammée, excoriée et rongée dans leur fonds. Celui de Miraucourt davantage que celui de sa femme. Ce qui a donné sujet de craindre que quelques matières âcres et corrosives n'en aient été la cause et pour ce sujet en ont ôté les estomacs pour plus grande attention. Au cours de cette perquisition et dissection, ils ont remarqué outre ce qui est noté au-dessus, sur le cadavre dudit Miraucourt, que la partie inférieure de l'œsophage ou gosier, toute noircie et gangrenée de la longueur de deux travers de doigts, eu au boyau duhodénum qui est celui qui est attaché audit estomac, une mortification très grande dans toute son étendue qui est longue de douze doigts, et la dite femme Ducarle la langue fort épaisse, chargée, ridée et un peu brûlée » (4).
Un second examen des corps, effectué cette fois par deux docteurs en médecine et trois chirurgiens jurés, conclut « qu'il y a grande présomption et vraisemblance (attendu une mort si précipitée, la corrosion, mortification et gonflement des parties et que les deux sont dans leur état naturel qui ne nous indique aucune cause de mort), qu'elle a été occasionnée au dit Miraucourt et sa femme par quelque poison violent comme arsenic ou sublimé corrosif » (5).
Pierre Etienne, Louise Miraucourt, sa femme, et Jeanne Duval, la nièce des défunts, sont conduits dans les prisons de la ville pour y être interrogés. Apparemment aucune charge n’est retenue contre eux. Le jour même, Claude Miraucourt et son épouse sont inhumés dans le cimetière de la paroisse Saint-Pierre-le-Chéri, en présence de Jean François et Pierre Etienne, leurs deux gendres.

Les époux Miraucourt ont-ils été empoisonnés ? Se sont-ils suicidés ? Nul ne le sait.

Trois mois plus tard, le 26 mai 1708, Pierre Etienne est nommé bourreau de Verdun.

Jourdan

(1) Bibliothèque Nationale, N.A.F.11330, f°192 v° et Archives Municipales de Verdun, CC.170 f°451 r°.
(2) Archives Municipales de Verdun, BB.13 f°45 r°.
(3) Bibliothèque Nationale, N.A.F. 12793, f°72 r°.
(4) Archives départementales de la Meuse, BP 1980. Document analysé par Jacques Desrousseaux et publié par Alain Fisnot, Les grandes affaires criminelles de la Meuse, De Borée, 2006, pp.24-25.
(5) Ibidem.