10 juillet 2009

Monsieur Louis

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On connait l’obsession de l’incognito qu’avait Anatole Deibler. Avant même d’être nommé exécuteur en chef, il avait déjà l’habitude d’utiliser un pseudonyme pour se mettre à l’abri des curieux ou des journalistes. On sait qu’en vacances, par exemple, il se faisait appeler Boyer ou Rogis.
Nous avons découvert que dans les années 1894-1895 il se cachait parfois sous le nom de Monsieur Louis.
Ainsi, le 6 décembre 1894, à l’occasion du mariage de sa cousine Eugénie Grinheiser (1) avec Prosper Fabre des Estavels, dont il est l'un des témoins, il se présente comme Anatole Louis. C’est sous cette fausse identité qu’il figure dans le registre d’état civil de la mairie du 11ème arrondissement. En toute illégalité ! Non seulement il signe l'acte du nom de Louis mais il triche aussi sur son adresse (43 au lieu de 39 rue de Billancourt) (2). Il indique comme profession employé et donne son âge exact : 31 ans.
Un second document, de la même époque, confirme l'habitude prise par Anatole ou Louis Deibler, son père, de se faire appeler Louis. Il s'agit d'une facture de la Maison Choquet (fabrique de taillanderie et grosse quincaillerie) 19 rue Corbeau à Paris, datée du 20 décembre 1895. Elle est établie au nom de Monsieur Louis et concerne la vente d'un couteau (de guillotine), fabriqué d'après le modèle fourni, au prix de 90 francs, ainsi que deux ressorts en acier, facturés 4 francs (3). Dans ce dernier cas, le pseudonyme ne pouvait tromper personne. Qui, en dehors de l'exécuteur des arrêts criminels, aurait pu commander une lame neuve de guillotine ?

(1) Fille de Louis Grinheiser, bourreau de Moulins (1841-1849) puis de Caen (jusqu'en 1870), et de Marie-Henriette Deibler.
(2) aujourd’hui rue Claude Terrasse.
(3) Archives privées (papiers de la famille Deibler).
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